Pas aussitôt malheureusement que certains journaux nous l'ont fait espérer, car l'examen de chaque jour amène la découverte à la surface des panneaux de détériorations bien plus nombreuses et bien plus graves que celles entrevues par un premier coup d'œil. Sur une plaque en réparation au moment de notre visite aux ateliers Thiébault, nous avons pu compter une dizaine de points sur lesquels l'ouvrier, le statuaire, le fondeur, le ciseleur, auront tour à tour à exécuter leur travail respectif. Et ces plaques à restaurer ainsi sont au nombre de plus de deux cents.

Ne terminons pas sans apprendre à nos lecteurs que, depuis le 1er juillet dernier, le gardien des travaux de la colonne--qui plus tard sera le gardien de la colonne réédifiée--est le sergent Hoff, si célèbre pendant le siège de Paris par son ardent patriotisme et dont les exploits sont devenus légendaires. C'est bien à ce brave sous-officier qu'appartenait l'honneur d'être le gardien du souvenir le plus marquant de notre ancienne gloire militaire.

P. Laurencin.

L'île de Man

Parmi les touristes qui visitent l'Écosse et l'Irlande, il en est bien peu qui songent à s'arrêter dans cette petite île placée, comme une sentinelle avancée, à l'entrée du canal d'Irlande, et qui s'appelle l'île de Man. Et cependant, elle mériterait une visite; située à égale distance de l'une et l'autre côte, l'île de Man participe à la fois au caractère des deux pays; elle a de l'Irlande les vertes prairies et les frais ombrages, et de l'Écosse, sur une échelle réduite bien entendu, les escarpements et les ruines pittoresques; du haut de ses sommets les plus élevés, on embrasse le magnifique panorama des côtes irlandaise, anglaise et galloise, un horizon de près de cent lieues. Quant aux sites qu'offre le pays, on peut juger de leur beauté par nos dessins, qui reproduisent les principaux. C'est un véritable jardin que cette île de dix lieues de long sur cinq de large, où tout semble disposé pour charmer l'œil du voyageur. L'île de Man vient d'être dotée d'un chemin de fer qui permet de la parcourir en quelques heures dans son entier; ce chemin de fer en miniature, proportionné à l'étendue de son parcours, n'a que trois pieds anglais, moins d'un mètre, de largeur entre les rails; tel qu'il est, il rendra des services inappréciables à la population industrieuse de l'île et achèvera de rendre facile et rapide une excursion qu'on ne saurait trop recommander à ceux qui ont occasion de la faire.

Un héros du siège de Paris

Le gentil oiseau dont nous donnons le portrait est de tous les messagers du siège celui qui a le mieux mérité de la patrie, car il a forcé à cinq reprises successives le blocus prussien.

C'est une femelle de taille moyenne, de forme gracieuse et bien proportionnée, au plumage rouge étincelé. Son œil vif et intelligent est noir, bordé de jaune doré.

Elle est née au mois d'avril 1870, dans le colombier de M. Deroard, secrétaire de la Société l'Espérance. Son père est un robuste pigeon anversois, qui lui a donné son vol soutenu.

Bien avant d'être nubile elle s'était déjà distinguée dans les concours d'Orléans, de Tours et de Blois, qui eurent lieu, comme à l'ordinaire, au printemps de l'Année terrible. Elle devait figurer dans le lancer de Ruffee, cette pierre de touche des pigeons d'élite; mais le gouvernement impérial l'interdit, pour ne point favoriser l'éducation de voyageurs prussiens.