L. C.

La restauration de la colonne Vendôme

Ainsi que nous l'avons dit dans notre précédent article, les panneaux de bronze de la colonne Vendôme ont été non-seulement déformés et faussés, mais beaucoup ont été fendus, ou bien leurs reliefs écrasés, écornés, ont perdu leurs formes et leurs contours. La restauration de ces pièces est assez longue et exige le concours du statuaire, du fondeur et du ciseleur.

Les panneaux, redressés et ajustés dans l'usine Monduit, Béchet et Cie, sont transportés dans les ateliers de la fonderie Thiébault, établissement aujourd'hui célèbre par les œuvres d'art qui en sont sorties pour orner nos places et nos monuments publics, entre autres le saint Michel de la fontaine de ce nom, la statue du prince Eugène et celle de Napoléon 1er en empereur romain qui surmontait la colonne avant sa chute et qui, lors de la réédification de celle-ci, reprendra sa place sur la calotte terminale.

La première opération consiste à enlever les parties détériorées.

Pour cela, l'ouvrier, armé d'une mèche d'acier à laquelle il imprime un rapide mouvement de rotation au moyen d'un archet, entame le bronze sur plusieurs points successifs, et, avec un ciseau, achève de détacher la partie défectueuse et de préparer le vide ou l'alvéole dans laquelle on fixera la pièce rapportée.

Pour former cette dernière, les panneaux sont livrés au statuaire qui modèle en terre les sections manquantes des bas-reliefs, visage de soldat, jambe d'officier, roue de canon, queue de cheval, etc., puis, ce premier travail achevé, tire une épreuve en plâtre de ses raccords et rend le tout, épreuve et panneau, au fondeur. Le modèle en plâtre sert à former le moule creux en sable à l'intérieur duquel on dirige un jet de bronze en fusion d'une composition identique avec celle du métal qui constitue l'enveloppe de la colonne. L'épreuve définitive en bronze est dégrossie, introduite dans l'alvéole qu'elle doit occuper, et elle y demeure fixée très-solidement au moyen de tenons de cuivre. La forte épaisseur des panneaux, surtout dans les parties où se présentent les reliefs, n'a pas permis de recourir à la soudure, mais l'habileté des ouvriers chargés d'ajuster les raccords est telle que, même en y regardant de très-près, on distingue difficilement les lignes de jonctions.

Quant aux parties absolument manquantes, ou tout à fait brisées, elles devront être refaites par le statuaire suivant les modèles et les dessins que l'on possède des bas-reliefs de la colonne Vendôme, puis moulées et fondues en bronze, et enfin rajustées comme les raccords par des tenons de cuivre.

L'ajustage terminé, raccords et panneaux complétés dans toutes leurs parties, le ciseleur intervient pour enlever les bavures du métal et pour parfaire la jonction des lignes sculpturales des pièces rapportées avec les anciennes demeurées intactes. La mise en couleur de toutes les additions et restaurations suivie d'un nettoyage général du panneau entier achève la série des opérations après lesquelles les plaques seront transportées au chantier de la place Vendôme et mises à la disposition de l'architecte de la colonne, M. Normand, l'habile restaurateur de l'Arc-de-Triomphe. C'est à son obligeance que nous avons dû de pouvoir visiter les ateliers où se restaurent les panneaux du monument, afin de mettre les lecteurs de l'Illustration au courant des opérations multiples et délicates qui y sont entreprises et que le goût de l'artiste, comme l'habileté des ouvriers, promettent de mener à bonne fin.

Mais cette fin, quand la verrons-nous?