Dans la province de Gerone, Saballs a sommé de se rendre, Olot qui se prépare à la plus vive résistance. Dans les provinces de Barcelone et de Lerida, les villes seules sont à l'abri des incursions des bandes, et l'une d'elles, Cervera, est même vivement pressée. Santa-Pau, ayant voulu attaquer don Carlos à Allo, après la reddition d'Estella, a vu échouer trois attaques successives, et s'est retiré du côté de Tafalla. Saint-Sébastien et Bilbao sont plus étroitement bloqués que jamais. Enfin Tolosa est isolé et semble être l'objectif de Lissaraga. En un mot, dans presque toute la région nord-est de l'Espagne, l'autorité du gouvernement central dans les campagnes est méconnue; nulle sécurité n'existe, et l'on ne cesse de réclamer le secours du gouvernement de Madrid, réduit à l'impuissance par l'indiscipline d'une partie de l'armée, par l'indifférence ou la complicité de la majorité des habitants, et, ajoutons-le, surtout par la minorité intransigeante du parlement qui, dernièrement encore, s'abstenait dans la question des crédits extraordinaires pour paralyser le ministère, et, qui plus est, protestait hautement contre l'appel de la réserve. En vérité, c'est à se demander ce qu'une minorité carliste pourrait faire de plus!......

X.

Obsèques du duc de Brunswick

C'est le 29 août, à dix heures, dans la salle de la Réformation, qu'a eu lieu à Genève le service funèbre du duc de Brunswick, qui est mort, on le sait, il y a une quinzaine de jours, dans cette ville.

Au centre de la salle, tendue de noir, s'élevait le catafalque, surmonté d'un vaste dais de drap, noir également, orné d'argent et doublé d'hermine. Aux angles se tenaient, immobiles, quatre soldats de la gendarmerie, en grande tenue et l'arme au pied. Au fond de la salle, sur une vaste estrade, avaient pris place, à droite et à gauche de la tribune, occupée par l'ecclésiastique officiant, les autorités, les représentants de la famille du défunt et les exécuteurs testamentaires. A gauche du catafalque étaient placés les jeunes gens représentant le gymnase et chacune des classes des deux collèges, puis le corps des officiers; et, en arrière, avec son drapeau voilé de deuil, la Société littéraire.

Après l'office funèbre, le cortège se dirigea vers le cimetière. Un peloton de guides à cheval ouvrait la marche, précédé par un commissaire de police revêtu de ses insignes. Puis venaient: une batterie de tambours, aux caisses recouvertes d'un crêpe; une musique d'élite; ensuite, traîné par six chevaux empanachés et couverts de housses noires à lames d'argent, le char funèbre, recouvert lui-même de drap noir sur lequel se voyaient brodées en argent les initiales du défunt surmontées de la couronne ducale et ses armoiries en couleur. Les quatre coins du poêle étaient portés par des officiers de sapeurs-pompiers, et le dais du corbillard était surmonté d'un fleuron de plumes noires à collet d'argent et empanaché de même à chacun de ses angles.

Derrière le char commençait le cortège funèbre, divisé en sections que séparaient d'assez longs intervalles. Le corps des fanfares militaires fermait la marche. Le bataillon des sapeurs-pompiers et deux compagnies de chasseurs formaient la haie.

Le cortège a suivi le Grand-Quai, le Molard, les Rues-Basses, la Corraterie, la place Neuve et la rue Galame, pour se rendre au cimetière de Plainpalais, où, devant le tombeau provisoire du duc, que représente un de nos dessins, le président du Conseil administratif a prononcé un discours, qui a été l'acceptation officielle du testament du défunt, lequel a laissé, comme on sait, toute sa fortune à la ville de Genève.

Cette fortune est considérable. Voici, d'après une note qu'ont publiée plusieurs journaux, quel en serait l'état, suivant le compte fourni en 1866 par la maison Baring à l'empereur Napoléon, lorsque le duc de Brunswick se proposait de laisser ses biens au prince impérial: Russe 5 pour 100 (1822), 50,000 liv. st.; Russe 5 pour 100, 50,000; Russe 3 pour 100, 50,000: Turcs 6 pour 100 (1858), 100,000; Péruvien 4 1/2 (old), 80,000; Péruvien 4 1/2 (now), 52,000; Canada 6 pour 100, 50,000; Brésilien 4 1/2, 50,000; Égyptien 7 pour 100, 50,000; Américain 8 pour 100, 100,000; Mississipi 6 pour 100, 25,000; diamants, 200,000; uniformes, 16,000; hôtel Beaujon, à Paris, 60,000.

Total: 933,000 liv. st., soit 23,325,000 fr.