Jules Dementhe.
(A suivre.)
UN HÉROS DU SIÈGE DE PARIS.--Pigeon voyageur ayant forcé cinq fois le blocus prussien.
Les bibliothèques.
Nous profitons des progrès accomplis; nous en connaissons trop rarement les promoteurs.
On nous a raconté que, fort jeune, M. Arthur de Rothschild avait eu un goût très-vif pour les timbres-poste. Cette innocente passion l'a conduit à former de ces petites estampes la plus belle et peut-être la plus complète collection qui existe. Mais avec sa haute position sociale il ne pouvait rester un collectionneur vulgaire. De là ce livre qui, lui-même, sera plus tard recherché pour compléter mainte collection de bibliophile. Car il est imprimé avec grand soin, sur beau papier de Hollande, et fait honneur, aux presses artistiques de M. Jouaust. Nous y signalerons cependant deux fautes typographiques, page 38 et page 43. Que les amateurs recherchent ces taches; désormais cela les regarde.
Georges Bell.
Récits californiens, de Bret-Harte, traduits par Th. Bentzon (l vol. in-18. Michel Lévy).--L'Amérique possède toute une littérature, et en particulier une littérature d'humouristes, que nous ne connaissons pas. Des esprits érudits s'attachent cependant à nous présenter ces nouveaux venus, et M. Émile Blémont, par exemple, a publié dans un journal littéraire, la Renaissance, une suite d'études fort attrayantes sur les écrivains nouveaux d'Amérique; les études deviendront un livre sans doute, et des plus curieux. En attendant, M. Th. Bentzon, romancier lui-même, auteur de deux livres tout à fait remarquables, la Vocation de Louise et Un divorce, sans compter le Roman d'un muet, vient de traduire pour le public français un volume de Récits californiens. L'auteur américain M. Bret-Harte n'est guère célébré, en son pays, que depuis quatre ans; mais sa réputation, en peu de mois, est devenue très-grande, non-seulement aux États-Unis, mais en Angleterre, où Dickens mourant a salué l'avènement de cette jeune gloire.
Les Récits californiens de Bret-Harte ont, en effet, des qualités tout à fait rares et ce parfum de sapins qu'on leur trouve parmi les compatriotes de leur auteur. Cela est à la fois très-recherché et très-sauvage. La vie en pleine sève des mineurs, non pas des premiers venus, mais de ceux dont les mœurs continent déjà à la civilisation, cette existence hardie à travers les buvettes et les tripots est dramatisée d'une façon très-vive. On voit réellement ces rouges paysages,-ce sable rouge, cette terre rouge,--que l'auteur évoque. Tous ses personnages ont une originalité particulière, et je ne saurais comparer cet humouriste américain qu'à Ch. Dickens lui-même. Comme Dickens, Bret-Harte donne, dans ses récits, un rôle non-seulement aux hommes, mais aux animaux et aux choses. Si deux amoureux parlent tout bas, il nous montrera les merles se penchant pour les écouter. Voici encore comment il décrit un coin de terre où vient de se dérouler un crime: «L'aurore de Noël se leva doucement, effleurant les pics lointains d'une teinte chaude et rosée pleine d'amour ineffable; elle contempla si tendrement Simpson Bar que toute la montagne, comme si on l'eût surprise dans une bonne action, rougit jusqu'aux cieux.» Quelle ironie charmante et triste!--Et il y a cent de ces traits dans ce volume de Bret-Harte. Il faut louer M. Th. Bentzon de l'avoir si bien traduit, et se féliciter de pouvoir connaître du la sorte un auteur si original et si savoureux.