«Sire:

«La colonne de la place Vendôme, ce monument de victoires immortelles, perdit, il y a quinze ans, la statue qui la couronnait. Cette mutilation subsiste encore; elle est un triste vestige de l'invasion étrangère.

«Les monuments sont comme l'histoire: ils sont inviolables comme elle; ils doivent conserver tous les souvenirs nationaux, et ne tomber que sous les coups du temps.

«Certes l'histoire n'oubliera pas le nom du grand capitaine dont le génie présida aux victoires de nos légions, du monarque habile qui fit succéder l'ordre à l'anarchie, rendit aux cultes leurs autels, et donna à la société ce Code immortel qui nous régit encore; heureux si sa gloire n'eût rien coûté aux libertés de la patrie!

«Votre Majesté ne veut déchirer aucune des pages brillantes de notre histoire, elle admire tout ce qu'admire la France, et elle est fière de tout ce qui enorgueillit la nation. Je crois répondre à ses nobles sentiments en lui proposant le rétablissement de la statue de Napoléon sur la colonne de la place Vendôme.......... etc., etc.

«Le président du conseil et ministre secrétaire d'État de l'intérieur,

«Casimir Périer.»

Ce document est suivi d'une ordonnance royale, datée du 8, et prescrivant le rétablissement de la statue.--Deux jours plus tard, on décide qu'elle sera mise au concours; et, le lendemain, le ministre du commerce et des travaux publics, comte d'Argout, prend un arrêté dont voici l'article 5:

Les figures des bas-reliefs de la colonne étant en costume militaire français, la statue devra être pareillement en habit militaire et avoir comme l'ancienne statue 11 pieds 12 de hauteur.

Trente-six concurrents répondent à l'appel. Et le jury, en sa séance du 13 juin suivant, donne--par une majorité de 7 voix contre 5--la préférence à l'esquisse envoyée par M. Émile Seurre, ex-pensionnaire du roi, à Rome.