Son laboratoire, que l'on venait voir de loin, était une des curiosités de Paris. C'est là que sont nés les aquariums. C'est là qu'il recevait les têtes couronnées et qu'il eut pu s'enrichir. Mais c'était surtout la science qu'il rêvait, somptueuse, opulente.

Quoiqu'il ne fut pas pauvre, comme on l'a dit, il ne laisse pas de fortune. Il se contentait de la grande aisance que lui donnaient ses différentes fonctions. Il n'aurait jamais voulu faire de ses recherches métier et marchandise.

M. Guizot l'avait pris en affection. Peut-être entrevoyait-il dans son jeune protégé un futur ministre de l'instruction publique. Mais la Révolution de Février éclata, et ce fut M. Coste qui, appelé en toute hâte, dirigea l'évacuation de l'hôtel du boulevard des Capucines!

Tant que l'empire fut prospère, il ne refusa à M. Coste aucun moyen d'action. L'empereur et l'impératrice ne juraient que par sa science. C'était lui qui dirigeait les pêches de Villeneuve-l'Étang, où l'on mangeait ensemble d'excellentes fritures.

On mettait alors à la disposition de M. Coste, avec une générosité retentissante, les ressources nécessaires pour créer l'établissement d'Huningue, puis celui de Concarneau.

Mais quand la guerre du Mexique eut ébranlé la machine impériale, on agit comme si l'on se repentait d'avoir nommé M. Coste inspecteur général de la pêche maritime et fluviale. On prêta l'oreille aux sarcasmes des ignorants, et aux dénigrements systématiques de la routine officielle.

Pour M. Coste, la pisciculture n'était pas seulement un art riche d'avenir mais encore le développement normal de ses idées embryologiques. Déjà la partie de ses recherches qui a rencontré le plus d'incrédules, celle qui a trait à la propagation de l'huître, a produit malgré l'apparent démenti d'un renchérissement progressif, des résultats incontestables. Il suffit que la culture des fonds inondés augmente la masse des matières végétales que broutent les poissons herbivores, pour que la sagesse des prévisions du savant aimable et profond dont nous déplorons la perte, apparaisse dans tout son éclat.

M. Coste ne pouvait céder, il résista avec toute l'opiniâtreté de son tempérament méridional. Peut-être eut-il été, comme M. Leverrier, sacrifié au besoin de popularité de la onzième heure, si les événements n'avaient fait perdre de vue les orages de la pisciculture.

C'est en 1851 que M. Coste fut appelé à faire partie de l'Académie des sciences. Il ne tarda point à exercer sur ses collègues les mêmes séductions qu'au dehors.

Il prit une part active aux polémiques relatives à la génération spontanée et à l'origine de l'espèce. Sans blesser personnellement aucun de ses adversaires, on le vit attaquer avec une égale ardeur les doctrines de M. Pouchet et celles de M. Darwin. II se mesura avec M. Claude Bernard, à qui il reprocha avec verve une méthode d'analyse procédant par détails et en somme beaucoup plus germanique que véritablement française.