Cette carte que l'empereur Alexandre montrait au duc de Richelieu, en lui affirmant qu'il ne consentirait jamais à un semblable démembrement, les Prussiens l'ont précieusement conservée. Ils n'ont pas attendu que la guerre fut terminée pour formuler leurs exigences. Le traité de paix contient, en effet, cette phrase: «La frontière, telle qu'elle vient d'être décrite, se trouve marquée en vert sur deux exemplaires conformes de la carte, du territoire formant le gouvernement général de l'Alsace, publiée à Berlin en septembre 1870.»
Sur tous les points, il fallut accepter ces dures conditions.
Au moment de la ratification du traité, les troupes allemandes occupaient une grande partie de la France. Elles s'étendaient jusqu'aux départements du Calvados, de l'Orne, de la Sarthe, d'Eure-et-Loir, du Loiret, de Loir-et-Cher, de la Seine-Inférieure, de l'Eure, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, de la Seine, de l'Aube, de la Côte-d'Or.
Tous ces départements devaient être évacués dans un bref délai; les forts situés sur la rive gauche de la Seine devaient être immédiatement livrés aux troupes françaises.
Le traité continuait ainsi:
L'occupation durera autant que le payement de l'indemnité de guerre; au fur et à mesure des versements, l'évacuation des départements situés entre la rive droite de la Seine et les frontières de l'est s'opérera. Après le premier demi-milliard, les départements les plus voisins de Paris seront libérés.
Après le payement de deux milliards, l'occupation allemande ne comprendra plus que les départements de la Marne, des Ardennes, de la Haute-Marne, de la Meuse, des Vosges, de la Meurthe, ainsi que de la ville de Belfort avec son territoire. Cette occupation servira de garantie pour les trois milliards restant dus.
Le nombre, des troupes allemandes ne pourra dépasser 50,000 hommes après le payement des deux premiers milliards.
L'entretien de l'armée d'occupation sera exclusivement à la charge de la France.
Enfin, dans un dernier article, le gouvernement allemand se déclarait disposé à substituer à la garantie territoriale, consistant en l'occupation partielle du territoire français, une garantie financière, dans le cas où elle serait reconnue suffisante par l'Allemagne.