Les prisonniers de guerre devaient être rendus immédiatement après la ratification des préliminaires du traité de paix.
Telles sont les principales conditions de ce traité, le plus désastreux que la France ait jamais été obligée de ratifier.
L'OCCUPATION.
En 1815, un auteur allemand écrivait, en présence des vexations de toute sorte imposées à la France, qu'il fallait «organiser l'exploitation». Cette parole n'a pas été perdue: l'exploitation a été bien organisée en 1870.
Ce qui frappe le plus profondément dans l'occupation du territoire français par les Allemands, c'est le mépris souverain, absolu, de toutes les lois divines et humaines. Plus qu'aucune nation en Europe, l'Allemagne se tient au courant des progrès du droit international; ses écrivains ont dans cette science une réputation légitime; c'est donc en parfaite connaissance de cause que les chefs allemands ont toléré, encouragé toutes les exactions. Ils n'ont vu qu'une chose: le but à atteindre, et pour cela tous les moyens leur ont semblé bons.
Ici l'un d'eux, dans une proclamation adressée aux populations, fait savoir que les Allemands admettent le principe de la responsabilité dans son acception la plus inattendue. Les Français entrent-ils dans un village? un fil télégraphique est-il détruit par les francs-tireurs? un uhlan est-il attiré dans une embuscade? ce sont les habitants qui doivent payer pour les coupables.
Les maisons sont saccagées, les biens confisques; le plus souvent quelques notables sont fusillés.
A propos des espions, Frédéric II avait écrit: «Il est quelquefois utile de prendre quelque gros bourgeois comme otage.» Les Allemands profitent de la leçon. Ils placent des hommes, des femmes sur les locomotives exposées aux coups de l'ennemi.
Sur le champ de bataille ils massacrent les blessés, comme à Bazeilles. Après le triomphe, ils incendient les villes, comme à Châteaudun, à Peltre, à Saint-Cloud. Enfin, fait plus grave, auquel on se refuserait à croire s'il n'avait été publié une preuve indiscutable, le résumé d'une enquête présenté par l'Académie de médecine de Paris, les médecins prussiens refusent de soigner nos blessés, les maltraitent, quelquefois les volent.
A tous ces faits, il n'y a pas d'excuse. Quelque terrible que soit la guerre, il y a là des limites qu'elle ne doit pas franchir, des prescriptions internationales qu'elle est tenue de respecter: les Allemands n'en ont jamais tenu compte.