Du moins, c'était la guerre, guerre inexorable, guerre de sauvages. Mais les hostilités terminées, la vengeance sera satisfaite, les procédés vont s'adoucir?
Nullement.
La victoire est acquise maintenant; la France doit payer cinq milliards, le trésor allemand va être rempli; mais à côté de l'État il y a l'individu.
N est-il pas souverainement injuste, contraire au bon sens et à l'équité, que le vaincu demeure plus riche que son vainqueur?
Voilà ce que se disent tous les Allemands, du général au soldat: l'invasion a amené en France tout ce qui de l'autre côté du Rhin meurt de faim. A côté du soldat, il y a le landwehrien, le juif, le convoyeur, l'ambulancier, et tout cela pille avec d'autant plus d'acharnement qu'il n'y a aucune résistance à craindre.
Ce n'est là d'ailleurs que le vol individuel, celui qui se contente d'une pendule ou d'un bijou; mais à côté il y a un procédé plus terrible, plus officiel, à l'usage des généraux et des chefs.
Passe pour le soldat de piller, l'officier réquisitionne.
Cela est plus digne et rapporte davantage.
Quoi de plus simple. Prenons un seul exemple, celui de Beaumont.
Aux environs de la ville se trouve un colonel prussien qui se désespère sans doute, lui et ses officiers, de rentrer en Allemagne les mains vides. On ne retrouve pas tous les jours de semblables occasions: la France presque tout entière à rançonner, à dépouiller, et l'impunité assurée!