Aussi, après avoir bien réfléchi, le colonel et ses acolytes s'arrêtèrent-ils à un plan bien simple: une nuit, deux ou trois poteaux du télégraphe sont renversés aux environs de la ville. Un soldat s'aperçoit par hasard de ce fait, et s'empresse d'en prévenir son chef.

La ville est aussitôt frappée d'une contribution de guerre de cent mille francs, payables dans les vingt-quatre heures.

Si l'argent est versé, on devine où il passe; s'il ne l'est pas, la combinaison est encore plus fructueuse. Le commandant ordonne un jour, ou un certain nombre d'heures de pillage.

Le mot est peut-être impropre: ce n'est plus une soldatesque avide qui se précipite dans les maisons, maltraite les habitants et vole au hasard.

Nous n'en sommes plus là; l'exploitation est mieux organisée, tout cela se passe officiellement. Les officiers sont présents, ils ont été commandés pour ce service, c'est par leurs ordres que tous les objets qui garnissent les maisons sont enlevés. Derrière eux se trouvent des juifs qui évaluent chaque objet et paient. Lorsque la somme fixée est ainsi obtenue, l'opération s'arrête aussitôt.

On comprend sans peine ce que vaut cette estimation, qui profite autant à l'acheteur qu'au vendeur. Pour atteindre les cent mille francs exigés, il faut vendre pour un million d'objets de toutes sortes.

Il n'est pas un de nos départements envahis, pas une des villes occupées qui n'ait été frappé de semblables contributions, sous les prétextes les plus futiles.

Nous parlions des juifs plus haut; ce type mérite qu'on s'y arrête. Il a été le fléau véritable de l'invasion.

Tant que dure la bataille, le juif reste en arriére.

Il craint les coups.