«Quant à la question du drapeau, le comte de Chambord n'a pas paru y attacher toute l'importance qu'elle comporte. Tout ce que les délégués ont pu dire, c'est qu'un arrangement était possible, pourvu que le comte de Chambord déclarât que c'était cette Assemblée et non pas une autre qui ferait la monarchie. Les délégués ont repris: Cette Assemblée ne fera jamais la monarchie sans le drapeau tricolore. Le comte de Chambord a ajouté: «Je n'en sais rien.»
«Dans les cercles bien renseignés, on conclut de ces informations que le comte de Chambord publiera avant la rentrée un Manifeste conciliant et libéral.»
Parmi les inexactitudes manifestes de cette relation, il en est une que l'agence Havas relevait dès le lendemain de son apparition, c'est celle que contient le paragraphe relatif au drapeau. «Je le sais», et non pas «Je ne sais», aurait répondu le comte de Chambord aux délégués qui lui faisaient observer que jamais l'Assemblée ne ferait la monarchie sans le drapeau tricolore. Mais c'était là un lapsus du traducteur, et il demeure avéré que, quant au fonds et dans son ensemble, le récit du journal anglais est exact. On ajoute que le comte de Chambord ne tarderait pas à publier un manifeste conciliant et libéral.
Nous avons tenu à enregistrer ici le texte même du Times; comme toujours, les déductions qu'en tirent les journaux sont fort exagérées, soit dans un sens, soit dans un autre; quelque importantes que soient, en effet, les déclarations qu'on vient de lire, elles sont trop générales pour n'être pas en même temps un peu vagues, et laissent dans l'obscurité plus d'un point d'une importance capitale. Cela n'empêche pas quelques journaux de considérer dès à présent comme complet le succès de la campagne fusionniste, et de s'écrier que la République est bien décidément morte et enterrée, comme le fait notamment le Soleil, en ces termes: «La France est en train d'assister à un spectacle qui l'intéresse vivement. Quelqu'un va mourir chez elle dont la clientèle est très-affairée. Ce quelqu'un est la République.» Il est vrai que les organes officieux du centre droit, le Français en tête, se montrent beaucoup plus réservés, et ce journal paraît avoir un sentiment plus exact de la situation, lorsqu'il dit, par exemple, qu'«il n'y a pas de gouvernements qui soient par eux-mêmes le salut, pas de princes qui soient à eux seuls des sauveurs».
COURRIER DE PARIS
On ne chasse pas qu'à Ferrières chez le baron de Rotschild; on ne chasse pas seulement non plus à Chantilly, chez le duc d'Aumale. Il n'y a plus à l'heure qu'il est, depuis l'évacuation, un seul département où on ne batte les buissons. Conséquences logiques: Paris ne se nourrit plus guère que de venaison. Le gibier pleut autour de nous. Les wagons de fer en charrient des monceaux. Un faiseur de statistique, dilettante des halles, fournit des chiffres à ce sujet. Chaque jour, 153,000 francs de gibier à plume; plus, 125,000 fr. de gibier à poil.
J'ai parlé d'un statisticien. L'espèce abonde en indiscrets. Tout homme qui fait profession de grouper des chiffres ne cherche qu'à découvrir, des pot-aux-roses. Celui-là agite une question assez neuve, presque impertinente. Il s'agit du gibier confisqué. En dépit de la vigilance exercée par le comte de Nicolaï, le braconnage s'exerce toujours en grand chez nous. Tous les ans, les chasseurs sans permis abattent plus de 500 mille pièces, petites et grandes, ce qui est bien quelque chose. Mais à bon rat, bon chat. Sur le nombre, on fait aussi une assez belle rafle; on parvient à saisir un bon tiers du gibier des délinquants, un gibier qui a la saveur du fruit défendu.
Ce butin, que devient-il? Qu'en fait-on? Il est stipulé dans la loi sur la chasse que chacune des pièces sera l'aubaine des hôpitaux. Telle est la question que débat l'indiscret. Va-t-il réellement aux hospices ce gibier confisqué? Cherchez, regardez par vous-même, informez-vous. Il est sans exemple qu'on ait vu un lapin de venaison dans un hôpital. Qui a jamais rencontré un malade de l'Hôtel-Dieu piquant du bout de sa fourchette une hure de sanglier ou un convalescent de la Pitié suçant le jus d'une gelinotte? Encore un coup, où tout cela va-t-il? L'homme aux chiffres a l'air de le savoir, mais il n'ose pas le dire nettement. C'est qu'il y aurait des braconniers, du braconnage.
Le Congrès des Orientalistes vient de clore ses travaux pour 14873; il s'ajourne à septembre prochain, dans Londres, attendu qu'il ne peut être tenu deux sessions successives dans le même pays. Messieurs les Orientalistes ne s'occupent pas uniquement de choses parasites ou oiseuses, comme on l'avait supposé. Ils ne recherchent qu'accessoirement si Cakya-Moisni avait réellement un œil bleu et un œil noir; les choses usuelles figurent volontiers parmi les thèses qu'ils étudient. Par exemple, la géographie de l'extrême Orient, encore si peu connue, est un des objets qu'ils traitent de préférence. Ils ne dédaignent pas non plus de descendre à des détails de floriculture et, en même temps, à la grande affaire de l'acclimatation en Occident des gallinacés du Japon.
Il faut bien le dire, le Japon a été le point de mire le plus souvent visé par les honorables savants. C'est déjà considérable le nombre de japonistes qu'il y a dans leur sein. Il y a quinze ans, le vent était pour les sinologues. Pourquoi la Chine a-t-elle baissé dans l'estime de la science? C'est ce que je ne saurais dire. Voilà que le japonisme absorbe tout. Dans la foule des discoureurs sur le Nippon et son idiome, on a même remarqué un lettré japonais, un Oriental couleur pain d'épice, l'honorable M. Imamura, qui, dans un français très-lucide, a prononcé un discours sur les effets de la doctrine de Confucius introduite dans son pays. Cette allocution a été écoutée avec une attention voisine de l'enthousiasme. S'il y avait eu dans la salle une panoplie de sabres et de poignards, plus d'un auditeur aurait pu s'ouvrir le ventre en signe d'assentiment.