Cependant la femme japonaise a été mise le tapis, peut-être trop inconsidérément. M. F. Madier de Montjau, qui est allé l'étudier sur les lieux, affirme qu'elle est libre, licencieuse même. D'autres ont soutenu la même assertion. De là, grande mêlée oratoire. Un peu plus, on se prenait aux cheveux. Il a fallu clore ce débat qui n'était déjà plus en harmonie avec la gravité du Congrès. Un orateur a fait pourtant une remarque digne d'être relatée; c'est que, si la race d'Adam vient à perdre ses cheveux, comme la chose a l'air d'être probable, on les retrouvera dans la branche des Japonaises. Déjà, en 1840, M. de Balzac, parlant des femmes du Japon, d'après M. de Bocarmé, son ami, disait: «Les cheveux les plus solides et les plus beaux du monde sont chez elles.» En 1867, lors de l'Exposition universelle, il y avait un compartiment pour le Japon. C'était une sorte de petit salon où l'on voyait dix Japonaises grattant une guitare sur des sophas. On courait les voir.

--N'y allez donc pas si vite, disait Henri Monnier: ce sont des Japonaises qu'on a prises à Villejuif ou au Gros-Caillou.

Autre histoire.

Elle s'est passée à Paris, c'est une légende du Ranelagh, qui a égayé autrefois les premières années du règne de Louis-Philippe.

Un lord francisé avait donné à une jeune et jolie femme un brougham jaune, deux gris-pommelés et un cocher habillé en vert. C'était la première voiture. Vous pensez si la belle en était heureuse! Le jour où elle lui fut amenée, elle en usait et en abusait en femme qui ne savait pas ce que c'était. Elle s'était promenée dans sa voiture, du matin au soir. A la fin du jour, après dîner, elle s'était fait conduire au bal du Ranelagh, le Mabille de ce temps-là.

A onze heures du soir (il faisait beau, par hasard), elle grignotait une glace à la framboise et des biscuits de Reims. Le cocher n'avait rien pris depuis le matin; il tombait d'inanition. Quant aux deux chevaux, la tête basse, l'estomac creux, ils se plaignaient moins haut, mais ils crevaient autant de faim que leur infortuné conducteur.

A la fin, Dominique (c'était le nom du cocher) prit un parti violent. Il s'élança dans la salle du bal, pénétra jusqu'à sa maîtresse, lui exposa la détresse des gris-pommelés, et attendit.

--Comment! s'écrie la jeune femme, les pauvres bêtes sont à jeun depuis si longtemps! Je les plains de tout mon cœur. Tenez, Dominique, portez-leur, s'il vous plaît, cette glace et ces biscuits.

Gavarni, si grand philosophe le crayon à la main, avait dessiné, un jour, dans des Androgynes, la silhouette d'une affreuse vieille, jolie mondaine d'autrefois, qui, pendant ses beaux jours trop vite passés, avait eu non pas une, mais dix voitures. Esquisse instructive mais lamentable! En guise de moralité, il ne faut pas oublier non plus ce qu'on a entendu dire à Mlle Flore, des Variétés, si justement applaudie jadis dans les Saltimbanques. La pauvre actrice était alors sexagénaire et reléguée parmi les piétons.

--J'ai eu une voiture, moi aussi; de beaux chevaux, un cocher qui ne se grisait pas trop, un chasseur vert à épaulettes d'or qui n'était qu'à moitié impoli, mais je n'ai pas su garder le foin, l'avoine et la cire à moustaches de toutes ces bêtes-là, et je vais en omnibus!