Note 2: Cathartes papa. C'est le plus bel oiseau de la famille des vautours.
Tel se présente le Gran Chaco, que le pied de l'homme blanc n'a presque jamais foulé; aussi frais et aussi virginal que le jour où il est sorti des mains de Dieu.
Je dis: «Presque jamais foulé.» En effet, tandis qu'avec des yeux ravis nous admirons le paysage, nous voyons deux formes d'êtres vivants se détacher sur l'horizon lointain.
Jusqu'à présent, elles ne semblent que deux points et pourraient être un couple d'autruches, ou bien le mâle et la femelle du guazuti (3), car il y a une différence dans leur taille.
Note 3: Une grande espèce de daim sud-américaine, et particulière à la région des Pampas.
Mais non, ce ne sont pas de simples animaux. Ce sont bien véritablement des êtres humains, ils marchent vers le centre de la plaine; ils s'approchent; déjà on distingue en eux des cavaliers; les voici plus près encore: leur visage est blanc.
L'un d'eux, le plus grand, est vêtu d'un costume à la fois imposant et pittoresque. Le vêtement de laine qui couvre ses épaules, avec ses larges bandes alternées blanches, bleues et rouges, est le poncho, ce manteau porté par tous les habitants des plaines de la Plata. Par-dessous se trouve une jaquette ressemblant au justaucorps d'autrefois, et ornée de riches broderies et de pesetas ou pièces de vingt-cinq sous à l'effigie de la république argentine. De larges culottes de coton, les calzoncillos, attachées à la façon des zouaves, couvrent les jambes, mais laissent près du sommet de la botte une partie du genou nue.
De lourds éperons et un chapeau à grands bords avec un ruban de couleur vive complètent le costume du cavalier, facile maintenant à reconnaître pour un gaucho au seul aspect du harnachement de son cheval, à sa bride et à ses courroies plaquées d'argent, et à sa carona ou couverture de selle soigneusement cousue et brodée.
L'autre cavalier est aussi couvert d'un manteau, mais l'étoffe en est foncée et il est si ample que ses autres vêtements ne peuvent s'apercevoir. Ses pieds reposant sur des étriers en bois, sont chaussés de bottes, et des culottes de velours les recouvrent presque jusqu'à leur extrémité. Sur sa tête est un sombrero dans le genre de celui de son compagnon; ce chapeau semble avoir été récemment bossué et comme écrasé. Sa monture caparaçonnée avec plus de simplicité que celle du gaucho, garde une allure tranquille.
Bien que les deux cavaliers chevauchent côte à côte, les étriers se touchant, pas un mot n'est et n'a été échangé entre eux depuis le moment où ils nous sont apparus au milieu de la plaine.