Le Journal officiel de Berlin publie une curieuse correspondance que viennent d'échanger le pape et l'empereur d'Allemagne. La lettre du pape est du 7 août. Il s'y plaint que toutes les mesures prises depuis quelque temps par le gouvernement allemand «ont de plus en plus pour but de détruire le catholicisme», et il demande à l'empereur s'il n'arrivera pas à se convaincre que «ces mesures n'ont d'autre effet que de miner son propre trône ...»
Dans sa réponse du 3 septembre, l'empereur se plaint de son côté qu'une partie de ses sujets catholiques aient, avec le concours de l'épiscopat, «organisé un parti politique qui cherche à troubler, par des menées hostiles à l'État, la paix religieuse qui règne en Prusse depuis plusieurs siècles», et il espère que le pape voudra bien «employer son autorité à mettre fin à une agitation fomentée à la faveur d'une déplorable falsification de la vérité et d'un abus de l'influence ecclésiastique». L'empereur se montre donc résolu à soutenir M. de Bismark dans sa lutte contre les catholiques, et il repousse les prières que le pape lui adresse, non-seulement comme chef de l'Église catholique, mais comme prêtre et pontife. «Tous ceux qui ont reçu le baptême appartiennent au pape», écrit Pie IX à l'empereur, qui proteste, et répond: «La foi évangélique que mes ancêtres ont professée et que je professe moi-même avec la majorité de mes sujets, ne nous permet pas d'admettre, dans nos rapports avec Dieu, d'autre intermédiaire que Notre-Seigneur Jésus-Christ.»
Le bruit court que par suite de l'absence prolongée de notre ambassadeur à Rome, M. Fournier, M. Nigra, ministre d'Italie en France, vient d'être autorisé par son gouvernement, à demander un congé et qu'il a quitté Paris.
Courrier de Paris
--Avez-vous vu l'Homme-Chien? Avez-vous vu le fils de l'Homme-Chien, plus chien encore que son père.
On s'abordait déjà en se faisant ces questions le moyen de s'amuser aux bagatelles d'une baraque au moment où se joue, à côté de nous, le drame de Trianon? Frivole, notre peuple l'est. Nul ne l'aura jamais été au même degré. Un rien le distrait. Rabelais disait: «Rien qu'avec un grelot à la main, vous le faites rire.» La moindre bizarrerie lui fait tourner la tête. Mais ce qui n'est pas moins vrai non plus c'est que tout ce qui se rapporte à son honneur le touche du premier coup au plus vif de l'âme. Voilà comment, l'autre soir, en lisant l'épisode relatif aux drapeaux que le maréchal Bazaine a livrés aux Prussiens dans les forts de Metz, des millions de Français ont senti les larmes leur venir aux yeux, larmes d'impuissance et de rage. A l'heure qu'il est, il ne s'agit plus d'une manifestation partielle ou fragmentée; la France entière s'emporte. On se demande en tout lieu comment cela a pu se faire.
Que n'imitait-il l'héroïque Beaurepaire qui s'est si bien brûlé la cervelle en rendant Verdun? se disait-on de tous côtés.
Au reste, l'étonnement a saisi chacun de nous à la gorge depuis l'ouverture de ces lamentables débats. Cette aventure de notre abaissement était pourtant assez connue. Mais en dépit des kilomètres d'écrits qu'on a publiés là-dessus, on ne connaissait encore la vérité qu'à demi. Le rapport du général de Rivière projette sur notre chute des lueurs inattendues, une lumière qui ne laisse plus rien dans l'ombre. Comme il est bien visible que nos revers nous viennent en grande partie de nous-mêmes! Comme nous avions bien cent fois tout ce qu'il nous fallait pour ne pas tomber!
A l'heure où tout cela n'en était encore qu'au prologue, les Italiens s'égayaient de l'événement, les ingrats! Pasquin et Marforio engageaient un dialogue de jolis cœurs.
«Marforio.--Qu'est-ce qu'il y a de neuf aujourd'hui?