La réunion du centre droit s'étant terminée plus tôt que celle de la droite, les membres de la première de ces réunions se sont rendus dans la seconde.

Par une singulière coïncidence, on a remarqué que le nombre des députés qui assistaient à chacune des deux réunions était à très-peu de chose près le même. On comptait en effet au centre droit cinquante-cinq membres présents; aux Réservoirs, il y en avait cinquante et un.

La question relative à la convocation anticipée de la Chambre a été l'objet d'une discussion assez longue dans les deux groupes parlementaires de la droite.

D'une part, la réunion des Réservoirs, après avoir entendu MM. Depeyre, Fresneau, Pagès-Duport et le duc de la Rochefoucauld, partisans de la convocation immédiate, et MM. Merveilleux-Duvignaux, Baragnon et Ferdinand Boyer, opposés à cette mesure, a décidé, à une très-faible majorité, il est vrai, qu'il n'y avait pas lieu de réunir l'Assemblée avant le 5 novembre.

D'autre part, le centre droit, également à une très-faible majorité, s'est prononcé dans un sens opposé, c'est-à-dire en faveur de la convocation anticipée.

En présence de la division à peu près égale qui règne parmi les députés de la droite en ce qui concerne l'opportunité de convoquer la Chambre avant le 5 novembre, on a résolu de laisser à la commission des Neuf le soin d'étudier ce qu'il convenait de faire.

A l'heure où nous écrivons, la commission des Neuf doit avoir saisi de sa détermination la Commission de permanence, qui décidera la question de savoir si, comme c'est probable, l'Assemblée nationale sera convoquée pour lundi prochain, 27 courant. On assure que le nombre des députés qui ont promis de voter pour la restauration monarchique s'élèverait dès à présent à 303. Signalons, en terminant, une nouvelle mise en circulation depuis quelques jours et qui serait de nature à rallier un certain nombre de votes indécis: le maréchal de Mac-Mahon aurait déclaré que, quel que fut le résultat de la lutte qui va s'ouvrir, il se démettrait de ses fonctions, de sorte que, comme on l'a fait remarquer, le pays aurait ainsi à choisir non plus entre la monarchie et la république, mais entre la monarchie et l'anarchie. Les feuilles républicaines s'élèvent avec énergie contre la mise en circulation de cette nouvelle, qu'elles dénoncent comme une manœuvre de la dernière heure et dont l'authenticité n'est pas encore absolument démontrée jusqu'à présent. Quoi qu'il en soit, l'heure de la crise suprême est près de sonner, et la France entière en attend avec anxiété le dénouement.

COURRIER DE PARIS

Réjouissons-nous. La question des huîtres vient de faire un grand pas.--Il y avait donc une question des huîtres?--Sans aucun doute. Celle-là était même une question corsée et succulente, mille fois plus digne d'intéresser le sage que les questions politiques au nom desquelles tant de fous sont aujourd'hui sur le point de se prendre à la gorge ou de se manger le nez. Depuis dix ans, les huîtres étaient hors de prix, celles de Cancale aussi bien que celles d'Ostende. Il n'y avait plus moyen de les aborder, à moins d'avoir un diamant dans sa bourse. Une légende racontait qu'il s'était formé à ce sujet je ne sais quelle conjuration secrète, taillée sur le patron de ce fameux Pacte de famine qui a été comme la préface de la première Révolution. Des spéculateurs sans entrailles accaparaient les huîtres dès leur bas âge; ils les vendaient ce qu'ils voulaient. Déjà le prix de la douzaine courait, bride abattue, sur le chiffre de trois francs. Le Caveau avait pris le deuil; Paris en était devenu triste.

Des amis de la santé publique ont imaginé de percer à jour la conspiration, à l'aide d'un expédient d'un goût tout moderne. Ils ont demandé pour l'huître ce qu'on a obtenu depuis longtemps pour les œuvres d'art, la vente aux enchères. Et leur demande a été entendue. A dater de samedi dernier, la vente à la criée a été appliquée aux huîtres, vrai et incontestable bienfait qui a eu pour conséquence immédiate une baisse considérable dans le prix des divins mollusques. Les prix n'ont pas dépassé trois francs le cent, ce que coûtait déjà douzaine. Ce grand événement a eu lieu au parc, rue Berger. Je ne sais pas le nom du beau génie qui a eu cette idée féconde; mais au gré de tous les gastronomes, celui-là mérite une statue formée d'écailles.