«Carême.--Les truffes de la mortification et le turbot de la pénitence.»
En regard de ces fanfreluches de la littérature amusante, la musique bouffe grêle sur nous; elle aussi, très-bien venue, cherche à lutter contre la politique. Tout récemment je vous annonçais la Branche cassée, de M Gaston Serpette? Voici tout près de nous la Quenouille de verre qui, dit-on, doit nous égayer pendant trois mois. Pour le moment, une polka fait grand bruit sur tous les pianos; c'est Peau de satin, de Klein, l'auteur de Cœur d'artichaut. Le répertoire de l'auteur reparaît en chœur: Fraises, au champagne, Cuir de Russie, Cœur d'artichaut; c'est de la folie en croches et en doubles croches. Mais Peau de satin l'emporte sur ses aînés. On va danser Peau de satin tout cet hiver!
Un contraste à ces mouvements échevelés. Dimanche dernier, au palais de l'Industrie, a eu lieu une fête de charité sous le patronage de la maréchale de Mac-Mahon, donnée avec le concours de Roger de l'Opéra. La musique de la garde républicaine, dirigée par M. Paulus, des solistes renommés, l'élite des sociétés chorales et instrumentales de Paris et du département de la Seine complétaient cet ensemble. On a fait 3,500 francs de recette, une somme qui aidera à soulager bien des misères. La quête a peu produit, mais on pourra recommencer le concert.
Sous le dernier règne, après le retour du comte de Palikao en France, l'impératrice, rassemblant ce qu'on avait rapporté du palais d'Été, avait formé au château de Fontainebleau un fort joli musée chinois. Par ordre du ministre de l'intérieur, les porcelaines qui composaient cette collection sont restituées à l'ex-souveraine. Rien de plus simple. Mais les motifs qui ont poussé l'honorable M. Beulé à prendre cette décision ne seraient pas tirés du respect qu'on doit au principe de la propriété. L'Excellence se serait guidée seulement sur ce que des vases de Chine ne sont pas des «objets d'art». Est-ce donc bien vrai? Trois poètes, fort amoureux de l'empire des fleurs, s'insurgeraient pour sûr contre les paroles du ministre, s'ils pouvaient renaître. J'ai nommé Gérard de Nerval, Méry et Théophile Gautier. Les vases de la Chine, des œuvres de la barbarie, des conceptions dénuées d'art! Un soir, dans son joli appartement de l'institut, Philarète Chasles faisait devant nous l'analyse des dessins fantasques dont était couverte une tasse à thé venue de Péking. On y voyait un tigre rose, armé d'une épée bleue avec laquelle il coupait en deux un serpent d'un rouge vif qui sortait d'une tulipe gigantesque. Philarète Chasles prétendait que tout cela était la traduction en peinture d'un poème du pays dont il était sûr d'avoir la clef, et il ajoutait:
--Cette tasse est aussi belle qu'une scène des tragédies de Sophocle.
Mais ne chicanons point M. Roulé sur les motifs de son ordonnance. Il est bien convenu chez nous qu'un ministre n'a jamais tort.
Politique à part, je demande à finir par une légende du lendemain de la révolution de Juillet.
En ce temps-là, il y avait, dans un hôtel de la rue de Lille, une vénérable concierge, fort bien pensante.
L'excellente femme nourrissait dans une cage un très-beau serin des Canaries auquel elle affirmait avoir inculqué les bons principes.
Cet oisillon, très-habile ténor, chantait tous les jours. Il excellait surtout à roucouler la romance fameuse de Chateaubriand: