La guitare est, au surplus, l'instrument indispensable dans tous les établissements publics; elle fait partie intégrante de leur mobilier. Vous la retrouvez dans les fondas (hôtels), les posadas (auberges) et les ventas (débits), avec cette différence que dans ces deux derniers genres d'établissements, elles ne servent pas seulement à faire de la musique, mais encore à faire danser les gens.
Vous êtes, par exemple, dans une venta; arrive un charretier ou un carabinero (douanier), ou bien un Espagnol quelconque; tout le monde est guitariste en Espagne; la première chose qu'il prend, en entrant, comme désœuvrement, est la guitare. Il la pince d'abord lentement; puis il redouble son doigté progressivement, et, s'animant tout à coup, il jette des sons et des airs rapides autour de lui, au point d'enthousiasmer non-seulement les assistants, mais encore les voisins et les passants de la rue. Tout à coup, la foule fait irruption dans l'établissement, et un bal se trouve subitement improvisé et dure souvent une grande partie de la journée.
Mais la danse de prédilection, la danse véritablement populaire et nationale du Basque est le choun-choun. Deux fifres et un tambourin composent l'orchestre, qui joue tantôt des airs lents et monotones, tantôt bruyants et précipités, sans transition aucune de la note grave à la note aigüe; et au son de ces instruments, on voit se former tout à coup sur les places publiques, et jusque sur les routes, des rondes et des chassés-croisés fantastiques, ou danseurs et danseuses s'accompagnant du claquement de leurs doigts, sautent en cadence et se trémoussent pendant des heures entières.
Ajoutez à tous ces traits de caractère du Basque espagnol qu'il est très-jaloux de son indépendance politique, et que c'est précisément pour la conserver qu'il s'insurge en faveur du principe absolu représenté par don Carlos, contre le gouvernement républicain établi, qu'il ne veut pas reconnaître. Expliquons cette apparente contradiction de sa part.
Les anciens rois d'Espagne, ancêtres du prétendant actuel, avaient accordé aux quatre provinces, en ce moment insurgées, sous le nom de fueros, des libertés, des franchises et des immunités dont elles ont toujours joui jusque sons le règne de Ferdinand VII. En vertu de ces fueros, elles s'administraient elles-mêmes et n'avaient avec le pouvoir royal ou central d'autres liens que ceux d'une subordination respectueuse. Celui-ci ne pouvait exiger de ces provinces qu'un impôt annuel librement voté qui représentait, pour chacune d'elles, une somme d'environ deux millions; et de plus qu'un contingent d'hommes limité, en cas de guerre contre l'étranger. La guerre terminée, les hommes rentraient dans leurs foyers et ne devaient au roi nul autre service militaire.
Ainsi, en dehors du pouvoir central, les quatre provinces avaient une organisation particulière représentée par l'assemblée provinciale et les assemblées municipales. Chaque province élisait, tous les deux ou trois ans, un certain nombre de députés qui, sous le nom de députes provinciaux, discutaient au chef-lieu et administraient les intérêts de la province. L'impôt provincial, la construction des routes, l'entretien d'une garde provinciale comme celle des miqueletes dans le Guipuzcoa, la nomination des juges, l'entretien des églises, le salaire des prêtres, etc., tout cela rentrait dans les attributions de la députation provinciale.
Les municipalités, de leur côté, composées de membres choisis par l'élection, s'administraient elles-mêmes, et ne dépendaient de la députation provinciale que pour les affaires générales qui se rattachaient seulement à la province, l'alcalde (maire), ses adjoints, le juge de paix, le corrégidor, etc., étaient choisis par la voie du scrutin. Il n'était pas jusqu'aux traitements des prêtres desservant l'église ou les églises de la commune qui ne fussent dans leur dépendance. Les fueros leur accordaient, en outre, de nombreuses franchises, telles que la fabrication libre du tabac, de la poudre, du sel, etc., le transport, sans payer des droits de douane, de toutes sortes de marchandises, soit à l'intérieur du royaume, soit à l'étranger. Pendant des siècles, les provinces basques jouirent ainsi paisiblement de tous ces privilèges.
Lorsque le régime constitutionnel fut établi en Espagne, il commença par restreindre une partie des droits dont jouissaient les quatre provinces. Il les soumit successivement à des obligations qu'il leur imposa forcément, telles que de contribuer, pour leur part, à l'impôt général, de fournir des hommes au contingent de l'armée, de tirer au sort (la quinta), etc.; en un mot, il tenta de leur enlever successivement une partie de leurs privilèges. De là naquit cette répulsion que les Basques ont toujours eu pour le régime constitutionnel et qu'ils manifestent encore aujourd'hui contre le régime républicain.
Pour eux, les ancêtres de don Carlos leur ayant accordé les fueros, qu'ils ont toujours respectés, et celui-ci leur ayant juré de les maintenir, ils croient qu'ils n'ont qu'à se battre pour le descendant des anciens rois contre la République, pour rentrer dans la jouissance de leurs anciens privilèges.
Tels sont les motifs qui ont provoqué l'insurrection carliste qui, si elle ne triomphe pas, est loin encore de vouloir prendre fin.