Il s'est tué, depuis lors, ne se sentant pas la force de soutenir la lutte de la vie.
En ce temps-là, s'inspirant d'un dessin épique de Charlet, il avait fait une cantate sur les volontaires de 92:
V'là l'bataillon de la Moselle en sabots,
V'là l'bataillon de la Moselle!
Darcier avait voulu faire lui-même la musique de cette Tyrtéenne. Quand il la chantait, il y mettait tant de véhémence, qu'au second couplet la salle entière se levant, demandait à courir aux armes.
Darcier avait sa légende.
A l'âge de douze ans, il se trouvait un jour, je ne sais pourquoi ni comment, dans une église de Paris dont le grand Delsarte dirigeait les choeurs! L'enfant fut frappé par l'accent profond de certaines notes du maître. Il alla l'attendre à la porte, et l'abordant, tout ému:
--M'sieu, lui dit-il, je n'ai pas de voix; mais si vous vouliez... si vous vouliez me donner des leçons, je crois que je finirais par bien chanter tout de même.
Il avait une fort jolie voix, au contraire, mais il supposait qu'il n'en fallait pas, qu'il ne fallait que de la volonté pour bien chanter.
--Eh bien, mon ami, répondit l'habile et savant professeur, viens me voir. J'aime les toqués; tu m'as l'air d'en être un. Je te prends pour élève.