La douane examine à la loupe la qualité des gants, compte les paquets et les garde en payant les quinze mille francs déclarés.
A Bristol, même histoire.
L'affaire faite, M. Z***, qui était à Douvres, partit pour Bristol et se croisa à moitié chemin avec son associé qui se rendait à Douvres. Chacun avait quinze mille francs anglais dans son portefeuille.
Au bout d'un temps déterminé, la douane vend aux enchères les marchandises saisies et achetées. M. Z***, arrivé à Bristol, attend patiemment le jour de la vente. Ce jour venu, il se rend à la salle des enchères; les gants sont proposés sur la mise à prix de quinze mille francs; les enchérisseurs se présentent; M. Z*** fait son offre et prend un paquet de gants qu'il examine avec une grande attention; puis il s'écrie:
--Voilà une chose étrange! Ce paquet ne renferme que des gants de la main gauche; voyez, messieurs, et montrez-moi un autre paquet? Celui-là de même, et ce troisième aussi!
On examine tous les paquets; ils ne contiennent que des gants de la main gauche.
--Que voulez-vous que nous fassions de ça? reprend le spéculateur. Il n'y a pas assez de manchots dans la Grande-Bretagne pour placer vingt mille gants de la même main. D'un autre côté, il serait bien difficile et bien coûteux d'aller les appareiller à Paris, où ils ont été fabriqués.
Cela étant dit, les enchérisseurs se retirent; les offres cessent. On met lesdits gants au rabais et M. Z*** se les fait adjuger pour six mille francs.
A Douvres, mêmes scènes. Tous les gants de Douvres étaient de la main droite.
Après avoir conclu leur double marché, les deux spéculateurs se retrouvent à Londres; les gants de la main droite rejoignent ceux de la main gauche. Dix-huit mille francs ont été bénéficiés sur la douane. De plus, les vingt mille paires de gants n'ont pas payé un penny de droit et ont été vendues très-avantageusement pour servir de complément de toilette aux belles ladies et aux jolies misses aux yeux bleu de mer.