Vers les mêmes heures, la brigade de Goltz, partie d'Ars-sur-Moselle, s'avance sur Lessy, enlève ce village, et tente ensuite d'enlever Sainte-Ruffine; arrêtée par la brigade Lapasset, par les canons du Saint-Quentin et ceux d'une batterie de la garde, elle bat en retraite. La situation de la gauche de Bazaine était donc excellente et devait se maintenir jusqu'à la fin de cette lutte gigantesque.

Malheureusement les événements nous étaient moins favorables à notre droite à cause de l'incroyable inertie du maréchal Bazaine, qui regardait la bataille du haut du mont Saint-Quentin, et s'acharnait à ne pas voir les Prussiens défilant en colonnes profondes, en arrière de Verneville, dans la direction du nord. A trois heures et demie, la 24e division saxonne partant de Batilly et la 1re division de la garde venant de Saint-Ail enlevèrent, après une lutte sanglante, le village de Sainte-Marie-aux-Chênes, énergiquement défendu par le 94e de ligne, sous les ordres du colonel de Geslin, le commandant actuel de la place de Paris. Sous la protection de ce village, dont les vastes vergers clos de murs se prêtent à la défensive, le prince de Saxe put continuer tranquillement son mouvement tournant par Auboué et Montois.

À cinq heures, les lignes françaises étaient encore intactes; le brave Canrobert se multipliait à la tête de son 6e corps, réduit à moins de trente mille hommes par les pertes colossales qu'il avait éprouvées l'avant-veille près de Rezonville.

Si seulement Bazaine s'était transporté en arrière d'Amanvillers, près du coude du chemin de fer, il eut compris que c'était là que devaient être les grenadiers de la garde et les cent pièces disponibles de la réserve générale de l'artillerie, y compris celles de la garde. Hélas! il était écrit que les destinées de la France s'accompliraient, et que les cinquante-quatre pièces du 6e corps brûleraient leur dernière gargousse pour soutenir une lutte tout à fait désespérée contre les deux cent cinquante pièces des 10e, 12e corps et de la garde royale. Le canon de Canrobert réduit au silence, le prince de Wurtemberg juge le moment favorable pour en finir avec la résistance de son opiniâtre adversaire; il forme trois brigades de la garde en colonnes d'attaque et les lance à droite et à gauche de la route de Sainte-Marie à Saint-Privat. Le 6e corps n'avait plus que ses chassepots, mais la pente du terrain est favorable au tir de ces excellents fusils; la garde royale est arrêtée par un feu roulant et se retire après avoir subi des pertes colossales. Si la garde avait paru à ce moment, c'en était fait des Prussiens, mais la garde ne devait pas arriver!

À six heures du soir, Montigny-la-Grange, Amanvillers, Jérusalem, Saint-Privat et Roncourt étaient en feu; les 90,000 hommes et les deux cent cinquante pièces de la gauche allemande s'acharnaient après le malheureux corps Canrobert laissé sans soutien. Les cartouches commencent à manquer, la position devient intenable et le 6e corps s'écoule par la route de Saulny, entraînant dans son mouvement de recul la droite du corps Ladmirault jusqu'à Amanvillers; à partir de ce village jusqu'à Rozérieulles, nos positions restèrent intactes. L'attitude de Canrobert en avait tellement imposé à l'ennemi que celui-ci, malgré son écrasante supériorité numérique, m'osa pas occuper les villages abandonnés.

Vers huit heures du soir, le 2e corps arriva enfin au secours de l'armée de Steinmetz, complètement battue, et reçut ordre d'attaquer le Point-du-Jour. Mais il fut repoussé avec des pertes énormes. Ce ne fut qu'à la nuit close que la lutte cessa sur toute la ligne de bataille, et le maréchal en profita pour abandonner les positions qu'il avait conservées et se retirer sur Metz.

A. WACHTER.

THÉÂTRE DE LA PORTE-SAINT-MARTIN.--Libres! drame à grand spectacle de M. E. Gondinet.

LE PAQUEBOT
LA "VILLE-DU-HAVRE"