Que s'est-il passé alors? l'officier remplaçant momentanément le capitaine s'était-il assoupi, n'a-t-il pas entendu l'avis qu'on lui donnait, ou bien ses ordres ont-ils été mal compris du timonier? Les auteurs principaux du drame ayant péri, il paraît difficile de savoir la vérité, mais des positions respectives du Loch-Earn et de la Ville-du-Havre, au moment de l'abordage, semble résulter ce fait capital que cette dernière a dû faire une fausse manœuvre. Dans les cas de rencontre en mer, c'est le vapeur, plus maniable que le voilier, qui, suivant les règlements maritimes, doit modifier sa route. Par conséquent la Ville-du-Havre aurait dû incliner vers sa droite et si, pendant son mouvement, elle eût été abordée, c'est par son côté gauche ou de bâbord qu'elle eût reçu le choc. Le contraire ayant eu lieu, c'est-à-dire que le voilier s'étant enfoncé dans les bordages de droite ou de tribord, il est permis de penser que le coup de barre, indiqué ou donné, a eu pour résultat de faire virer le paquebot vers la gauche, ce qui lui a fait présenter le flanc droit au Loch-Earn. Si cela est, la responsabilité de ce dernier se trouverait dégagée.
Le Trimountain a conduit à Cardiff les naufragés que le steamer Alice, de Southampton, a ramenés ou rapatriés en France. Quant au navire, cause de ce grand malheur, il n'avait pas, ainsi que l'indique le rapport du capitaine Surmont, de cloison étanche proprement dite, mais son charpentier avait répondu, d'en établir une suffisante pour permettre de gagner un port. Ces prévisions ne se sont malheureusement pas réalisées, car, assailli par un gros temps, le Loch-Earn a sombré en mer; son équipage et les trois naufragés qu'il avait recueillis, ont pu être sauvés par un bâtiment anglais se rendant d'Amérique en Angleterre. Ce dernier naufrage a présenté des incidents aussi palpitants que celui de la Ville-du-Havre.
Terminons en notant un sentiment superstitieux qui subsiste parmi les populations maritimes de certains ports. Lorsqu'un navire a été dénommé et baptisé, il ne doit plus changer de nom, sans cela Dieu cesse de le protéger. A l'appui de cette croyance, les marins vous citent une longue série de navires ayant changé de nom qui, partis pour la haute mer, ne sont jamais revenus. Aussi beaucoup d'entre eux refusent-ils de s'embarquer sur les navires débaptisés. Soyez certain que si vous parlez à quelque vieux loup de mer de la catastrophe de la Ville-du-Havre, il vous répondra en hochant la tète: «On lui avait changé son nom!»
P. Laurencin.
Inauguration de l'Asile et de l'École de filles de Dugny.
Le village de Dugny (Seine) était à peu près inconnu avant la guerre de 1870. Perdu dans la plaine Saint-Denis, entre Stains et le Bourget, il fallait les désastres de la dernière invasion pour tirer son nom de l'oubli. En tant que commune ravagée, Dugny méritait, en effet, de fixer l'attention. Occupé par les troupes ennemies dès le 10 septembre 1870, il a vu partir le dernier soldat prussien le 20 septembre 1871.
Pendant cette occupation, qui a été la plus longue du département de la Seine, les projectiles, la rapine, la dévastation même pendant l'armistice, tout a contribué à la ruine du village.
Grâce à l'énergie et au courage de sa population laborieuse, les traces de la guerre ont à peu près disparu.
Mais, par suite de ces désastres, la commune a dû faire construire une salle d'asile et une école de filles.
La pose d'une plaque commémorative et, plus tard, l'inauguration de l'édifice, ont donné lieu à des cérémonies qui ont été entourées d'un certain éclat.
Ainsi, pour ne parler que de la dernière, nous citerons la présence de monseigneur l'archevêque de Paris, de monseigneur Langenieux, évêque de Tarbes, de M. l'archidiacre de Saint-Denis, de MM. le préfet de la Seine, le préfet de police, le sous-préfet de Saint-Denis, de M. Artoux, inspecteur de l'instruction primaire, et enfin de tous les maires des communes voisines.