Note 1: 1 vol grand in-8º illustré. E. Plon et Cie éditeurs.

M. Bertall, dont le premier grand succès fut sa collaboration au Diable à Paris, revient aujourd'hui au genre qui lui valut sa réputation, et il publie sous ce titre la Comédie de notre temps, un livre qui sera, pour la société de 1870 à 1875, ce que le Diable à Paris fut pour le monde de 1840, avec cette différence qu'ici, dans ce nouvel ouvrage, Bertall tient à la fois la plume et le crayon. Il est l'auteur et l'illustrateur d'un certain nombre de chapitres tout parisiens, d'une curiosité et d'un intérêt absolus, sur les mœurs actuelles, et, je n'hésite pas à dire que ce livre, qui nous plaira si fort aujourd'hui, constituera pour l'avenir un véritable monument où l'on puisera des notes certaines et originales sur la vie morale de notre époque. Bertall passe en revue toutes les choses et tous les mondes: le vêtement, le costume, la toilette, les manières, les manies, les types, les caractères; il étudie les soirées et les bals, les dîners d'apparat, les banquets, les artistes, les coulisses (celles de la Bourse et celles du théâtre), les premières représentations, les soupers, les églises, la Chambre et la politique, le jeu et les joueurs, en un mot tout ce qui constitue la vie même de ce temps-ci. Quel dommage qu'un observateur aussi perspicace, doué d'un pareil talent, ne se soit pas trouvé à chaque époque pour nous léguer la vérité vraie et la vérité vue sur l'époque qu'il traversait! Les croquis de Debucourt et de Carle Vernet nous en disent long sur le Directoire, les muscadins et les merveilleuses, mais Debucourt pas plus que Vernet n'avaient, comme eût dit Musset, un joli brin de plume emmanché dans le crayon. Bertall, du moins, s'il enlève lestement un croquis du gommeux, y ajoute le texte et les réflexions morales: «Le gommé ou gommeux est l'antithèse du dégommé. Celui donc qui est bien en vue, qui brille, qui est envié pour sa toilette, sa position, son genre et son chic, est un gommeux.» Balzac, qui fut le parrain de Bertall, en littérature et en art, eût applaudi à ces chapitres alertes de la Comédie de notre temps qui constituent, en somme, la physiologie de la seconde partie du XIXe siècle: Album, recueil, livre, dit Bertall en parlant de son ouvrage, quelque nom que l'on veuille bien lui donner, il n'a pas d'ambitions bien hautes.» Il aurait tort de n'en pas avoir, car, sans prétention, c'est là l'œuvre d'un philosophe et d'un satirique qui a beaucoup vu, beaucoup étudié, très-bien observé, et qui nous donne sous une forme durable, agréable, charmante, le fruit à point mûri de ses observations.

La Comédie de notre temps fera doublement honneur à Bertall, et elle obtiendra un double succès: œuvre de piquante littérature, elle sera classée parmi les plus jolies études de mœurs; œuvre d'art, elle léguera à l'avenir la physionomie même de ce temps, avec tous ses tics, toutes ses élégances, toutes ses habitudes, toutes ses séductions et tous ses ridicules.
Jules Claretie.

Jeanne d'Arc

Le succès de Jeanne d'Arc, que notre collaborateur M. Savigny avait signalé dès la première représentation de ce drame lyrique, qui devient populaire, s'affirme de jour en jour. L'Illustration lui doit les honneurs d'une gravure et les lui fait bien volontiers, en s'associant à la vive sympathie du public pour le poète, M. Barbier, et pour le musicien, M. Gounod. Elle rend aussi le tribut d'éloges dû aux décorateurs et aux interprètes de cet ouvrage. Elle donne les principales scènes du drame et dans la décoration du fort et de la courtine d'Orléans, au-dessous desquels se dessine le pont de la Loire, et dans cette vue du parvis et de l'église de Reims, et dans cet acte où s'élève le bûcher qui doit dévorer l'héroïne. Au centre, le dessinateur a placé le portrait de Mlle Lia-Félix. Bien des rôles ont marqué la carrière déjà longue de l'éminente artiste. Elevée à cette grande école du bien dire que Mlle Rachel a formée autour d'elle et dans sa propre famille, au milieu de ses sœurs dont elle est aussi une des gloires, Mlle Lia-Félix a fait, dans une série de drames joués depuis tantôt quinze ans, une foule de créations qui lui ont mérité une légitime réputation et qui lui ont valu la première place parmi les interprètes du drame. Jamais le triomphe de Mlle Lia-Félix, même aux jours de la Fille du paysan, n'a été plus vif et plus grand que dans Jeanne d'Arc. Jamais elle n'a déployé des qualités dramatiques aussi saisissantes. Mlle Lia-Félix a résumé dans ce rôle toute la puissance de son talent, par l'émotion vraie, le sentiment, la noblesse et l'énergie. Il y a là comme le souvenir de l'illustre tragédienne, et nous avons cru la voir revivre surtout dans cette scène finale du drame, dans laquelle Mlle Rachel n'aurait pas arraché plus de larmes et appelé à elle plus d'applaudissements.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Les Applications de la physique, par M. Am. Guillemin.--La librairie Hachette, à laquelle on doit déjà les beaux volumes de science illustrés qu'elle a édités depuis plusieurs années avec un véritable dévouement scientifique: le Ciel, l'Atmosphère et les grands phénomènes de la nature, les Voyages aériens, la Terre, le Monde souterrain, les Phénomènes de la physique, vient de publier un nouvel ouvrage de M. Guillemin, qui certainement n'aura pas moins de succès que ses prédécesseurs.

Après avoir raconté les phénomènes de la physique, l'auteur vient aujourd'hui nous en exposer les applications, dans le triple domaine de l'art, de l'industrie et de la science elle-même. Quel sujet serait plus fécond que celui-ci? Le monde n'est-il pas véritablement transformé depuis la découverte des agents qui régissent l'univers? Neuf jours suffisent aujourd'hui pour traverser l'Atlantique et passer de notre vieux continent dans le continent découvert, il n'y a pas encore quatre siècles, par Colomb! Quelques jours suffisent pour traverser l'Europe entière et parcourir l'Asie! En quelques secondes nous envoyons une dépêche d'Europe en Amérique et en recevons la réponse! Merveille plus surprenante encore: Nous écrivons de notre, main un billet de Paris à Marseille, et 1e fac-similé de notre l'écriture se transporte lui-même et se reproduit à 864 kilomètres de distance! La lune est à 96,000 lieues d'ici; nous la rapprochons à 48 lieues pour en étudier les paysages, et l'on s'occupe actuellement de réaliser en Amérique le projet de construire le gigantesque télescope qui doit la rapprocher à 3 lieues.

Le soleil est éblouissant; après l'avoir pesé et mesuré, on l'éclipse à volonté pour analyser les gaz qui brûlent autour de lui avec des flammes de 30,000 lieues de hauteur.

A la surface de la terre, le microscope nous a révélé l'existence d'un monde invisible, incomparablement plus peuplé que tout ce que nous voyons de nos yeux autour de nous. Les nuages s'élèvent des mers et sont amenés par le veut au-dessus de nos têtes; l'aérostat glorieux les traverse et nous emporte, palpitants d'émotion et de bonheur, dans le ciel toujours pur illuminé par le soleil, au-dessus des agitations et des tourmentes d'ici-bas! Jamais, non jamais, les procès de sorcellerie du moyen âge ni les routes féeriques de l'Orient enchanté, n'ont rien imaginé de comparable à la situation scientifique du XIXe siècle, dont les savants nous gratifient, malgré toutes les sottises politiques, tous les errements religieux, tous les troubles internationaux qui, semble-t-il, devraient arrêter la marche du progrès.