W. de Fonvielle.

LA VEILLE DU 1er JANVIER

(Fin)

--Absolument. Et je vais choisir des exemples. Voici Mademoiselle Mimi, par exemple. J'ai déjà dit que je n'entendais pas médire des poupées,--le jouet n'empêche pas le livre.--La vraie poupée, celle que l'on peut habiller et déshabiller sans crainte de froisser une robe de cent francs, qui possède une tête de porcelaine que l'on fait remettre à neuf par le premier marchand venu du coin quand son propriétaire a eu le malheur de tomber sur le nez, la poupée qui a son trousseau bien simple de petits bas, de petits pantalons et de petites chemises, que sa maman blanchit elle-même, la poupée que l'on mène en voiture et qui fait la dînette, cette poupée-là est toujours amusante et sera amusante tant que le monde durera. Mais le soir, quand Mimi viendra sous la lampe demander à sa maman de lui montrer des images, sera-t-elle contente, oui ou non, si ces images sont choisies dans un livre à elle, à elle toute seule, écrit pour elle...

--Il y en a donc de ces livres-là.

--Il y en a quarante à l'heure qu'il est, ni plus ni moins, et la collection des albums de P.-J. Stahl se complète d'année en année. C'est le tableau vivant de l'enfance à tous les degrés, c'est un chef-d'œuvre, une galerie sans rivale.

--Mais Mimi ne sait pas lire!...

--Si elle ne sait pas lire encore, elle sait voir au moins; tous les enfants savent lire dans les livres à images; l'image vue, l'image lue, on veut savoir au plus juste de quoi il s'agit, et vous êtes là, chère madame, pour lui lire à haute voix les légendes spirituelles ou émouvantes que Stahl a donné à traduire en merveilleux dessins au crayon de Frœlich. C'est toute une morale où le code de la première enfance est passé en revue article par article.--«Il faut aimer son papa, sa maman et le bon Dieu», voilà pour l'âme. «Il faut manger sa soupe courageusement jusqu'à la dernière cuillerée», voilà pour le corps. Et pour la vie pratique: «Il ne faut mettre son doigt ni dans son nez, ni dans les pots de confiture.--Il ne faut pas jouer avec ce qui coupe; les couteaux ne sont pas un jeu.--Il est abominable d'égratigner son frère, sa sœur et même sa bonne.--Il est très-mal aussi de marcher dans les ruisseaux, ils ne sont pas faits pour cela.--Il ne faut jamais dire qu'on n'a pas envie de dormir quand il est huit heures et demie sonné...»

Mon ami et sa femme s'étaient mis à rire dès les premiers mots de cette énumération.

--Pauvre Mimi! dit la jeune mère, c'est vrai tout de même que pas plus tard que ce soir elle s'est démenée comme un beau petit diable en prétendant que la pendule avançait et que, vrai, il ne pouvait pas être huit heures et demie!...