Après avoir échangé une poignée de main avec lui, il lui montra un petit paquet enveloppé de papier gris.
--Qu'est-ce que c'est que ça? dit Proudhon.
--Deux poupées que je vous demande la permission d'offrir à vos deux petites filles.
En entendant ces mots, l'auteur du livre De la Justice entra tout à coup dans une colère des plus violentes.
--Des poupées à mes filles! Non, mon cher monsieur, non; je vous le défends positivement. Savez-vous l'enseignement qui résulterait de ce cadeau? L'amour de l'alanguissement, la coquetterie, la paresse, le goût du luxe, peut-être de la luxure. C'est bon pour les duchesses, c'est bon pour les bourgeoises. Tenez, si voulez faire un présent à ces enfants, apportez-leur quelque chose d'utile, un dé à coudre, des ciseaux, un paquet d'aiguilles. Qu'elles aient à la main un objet qui, de bonne heure, leur rappelle qu'elles sont filles de la misère et de la philosophie et qu'il faut qu'elles songent sans cesse à épouser le travail!
À certains égards cet esprit de prévoyance se retrouve en grand dans un mot de Mme Lætitia Bonaparte, la mère de Napoléon.--Longtemps éprouvée, n'ayant eu de 1790 à 1799 que 1,500 fr. pour soutenir sa modeste maison et nourrir ses trois filles, Caroline, Elisa et Pauline, la brave femme ne pouvait pas se résoudre à jeter l'argent par les fenêtres.
En 1809, le 2 janvier, la princesse Pauline vint la voir.
--Madame, l'empereur m'envoie vous faire une question.
--Laquelle?
--Combien avez-vous dépensé, hier, en fait d'étrennes?