--M. Lechantre, vous nous avez promis de nous conter la façon dont vous avez passé votre soirée avec Jacques!

--A vos ordres, mademoiselle, répondit le peintre en élevant son verre à hauteur de l'œil et en dégustant à petits coups son cher vin de Bazincourt;--d'abord vous saurez que nous sommes allés aux confetti et que nous y avons vaillamment combattu... Ensuite nous avons dîné au cabaret, puis...

--M. Lechantre, dit avec une ironie affectée Jacques qui se sentait sur des charbons ardents, souvenez-vous que Christine est fort dévote; ne la scandalisez pas par le récit de vos exploits!

--Sois tranquille, gamin, je connais les égards dus aux demoiselles et je glisserai discrètement sur l'épisode de l'enfant de chœur...

--Un enfant de chœur, répéta Christine d'un air faussement candide, vous êtes donc allés à l'église?

--O naïveté biblique! s'exclama Lechantre, non, pas tout à fait... Il s'agit du déguisement d'une jeune personne qui faisait ses dévotions à la redoute.

--Quelle horreur! murmura Mlle Moret en baissant les yeux, comment ose-t-on commettre de pareilles profanations?... Et c'est à ce bal que vous avez tous deux passé votre soirée?

--Mon Dieu, oui, mademoiselle... Jacques était fort attristé de sa solitude et j'ai voulu le distraire en le conduisant à cette redoute... Toutes les belles dames de Nice y étaient et votre garçon, maman Moret, y a eu un joli succès.

--Ne vous moquez donc pas de moi, M. Lechantre, interrompit Jacques agacé, en voilà assez là-dessus!...

Thérèse avait relevé la tête et observait douloureusement le trouble de son mari. Quant à la petite mère, toujours enchantée d'entendre l'éloge de son Benjamin, elle riait avec indulgence; accoudée à la nappe, les yeux fixés sur ceux de Francis, elle approuvait de la tête et répétait complaisamment: