Paris a une capacité d'attention, c'est trois jours; les nouvelles ne durent jamais plus longtemps, et les absents vont vite. Toutefois, ce serait une erreur de croire et il serait inexact de dire que le monde oublie; le monde n'oublie rien. Ce qui est vrai, c'est que son attention étant toujours sollicitée par des sujets nouveaux, il ne s'occupe pas longtemps de la même chose; mais il revient volontiers, et le moindre incident remet sur le tapis une histoire qu'on croyait bien enterrée ou passée à l'état légendaire. Enfin, s'il juge trop souvent d'après les on-dit et sur les apparences, c'est qu'il ne connaît pas les personnes, ne peut vérifier les faits et aller au fond des choses.--Un Stendhalien.
On passerait vingt ans à Paris sans connaître la France. Le fond de tous les récits est vague et incertain; ce qui passe pour avéré le jour est souvent démenti le soir; on n'est jamais absolument sûr de rien. En province, il est facile de voir, d'écouter, de se renseigner, et d'acquérir une certitude suffisante sur les gens et les choses.--Félix qui pottit.
Charles Joliet.
(A suivre)
L'HIVER DE 1890-91.--Les bateaux de pêche couverts de glace
LE DUC DE LEUCHTENBERG
S. A. I. LE DUC DE LEUCHTENBERG
Décédé à Paris le 6 janvier1894. --Photographie Bergamasco, à Saint-Pétersbourg.
Le duc Nicolas de Leuchtenberg vient de mourir à Paris: il était né en 1843. C'était une des plus éminentes personnalités de l'aristocratie russe. Grand, svelte, blond, sa physionomie respirait une grave mélancolie que les souffrances de sa dernière maladie avait accentuée encore. Depuis deux ans, en effet, il souffrait cruellement d'une affection des amygdales et les secours de la science étaient impuissants.