Une quarantaine de personnes sont déjà mortes de froid en France depuis le commencement de l'hiver.
Les plus basses températures observées ont été:
Moscou 31° le 7 janvier.
Haparanda 29° le 6 janvier.
Varsovie 24° le 29 décembre.
Gérardmer 22° le 10 janvier.
Épinal 20° " "
Montargis 17° le 9 janvier.
Loudun 16° le 10 "
Paris 15° le 28 novembre.
" 13° le 15 décembre.
" 11° les 8 et 9 janvier.
Fleuves et rivières gelés le 12 janvier: Seine, Yonne, Aube, Marne, Rance, Saône, Rhône, Charente, Loire, Dordogne, Garonne, Sorgues, Durance, Gardon. Mer prise à Blankenberghe et Ostende.
L'Espagne, comme tous les pays de l'Est, a partagé le sort de la France.
Camille Flammarion.
LES OBSÈQUES DU DUC DE LEUCHTENBERG.--La cérémonie
religieuse dans l'église russe de la rue Daru.
LE BARON HAUSSMANN
Le baron Haussmann est mort subitement ces jours derniers. C'était un grand vieillard plein de verdeur et d'énergie encore, bien qu'il fût plus qu'octogénaire. Il avait gardé toute sa lucidité d'esprit et s'occupait en ces temps derniers de la publication du troisième volume de ses Mémoires. Il avait entrepris, en effet, d'expliquer la genèse de l'œuvre grandiose à laquelle son nom reste attaché: averti par les controverses qui l'avaient assailli à l'heure même où il transformait et embellissait Paris, le baron Haussmann avait compris que, pour mériter d'être défendu par son œuvre devant la postérité, il fallait d'abord défendre cette œuvre devant les contemporains.
C'est donc un peu par M. le baron Haussmann lui-même que nous apprenons qu'il était petit-fils d'un conventionnel, porté par erreur comme ayant voté la mort du roi, et qu'avant d'entrer dans l'administration il avait songé à une carrière artistique et fréquenté le Conservatoire. Mais la destinée du baron Haussmann lui fit délaisser en temps utile les classes musicales pour l'uniforme de sous-préfet. C'est, sous le règne de Louis-Philippe qu'il débuta; il vit s'écrouler la monarchie de Juillet et surgir la République de 1818 sans trop s'émouvoir: son cœur n'appartenait ni au gouvernement déchu ni au régime nouveau. Il les voyait se succéder d'un œil prudent et indifférent, d'une âme un peu méprisante à l'égard de ces gouvernants qui essayaient de réaliser la liberté sous des formes diverses. Lui, le baron Haussmann, était acquis d'avance à l'homme qui voudrait restaurer l'autorité et utiliser en pleine lumière ses talents d'administrateur, qui moisissaient en d'obscures préfectures de province: le prince Louis-Napoléon lui apparut, dès son élévation à la présidence de la République, comme le dictateur attendu. Son nom était un gage certain, à divers titres, pour le baron Haussmann, dont le père et le grand-père avaient servi les Bonaparte. Il suivit donc l'étoile naissante, il la salua dans l'Yonne avant, beaucoup d'esprits perspicaces, et se trouva un beau jour préfet de la Seine, à la tête d'une administration qui était un ministère et qu'aucun contrôle indiscret ne venait troubler dans ses hautes combinaisons.