LE BARON HAUSSMANN
D'après une photographie de M. Pirou.
Une promenade à travers le Paris moderne en dit plus aux gens de notre génération que bien des volumes, sur l'œuvre accomplie par le baron Haussmann. Ces larges avenues, ces voies amplement aérées, où joue librement la lumière, ou circule sans encombre le torrent d'élégance et d'activité qui constitue la vie parisienne, c'est le baron Haussmann qui les a créées. Certes, Paris a dû payer, et payer un peu cher, sa toilette nouvelle; on ne l'a pas consulté sur l'à-propos des bouleversements qu'on lui imposait; mais faut-il y regarder tant de fois et de si près quand on est, comme aujourd'hui, en présence du fait accompli, et d'un fait d'une si haute portée historique et sociale? Nous ne le pensons pas. La rue de Rivoli prolongée, le boulevard Sébastopol créé, comme aussi la rue Turbigo, les boulevards Haussmann et Malesherbes, la construction des Halles Centrales, des parcs des Buttes-Chaumont de Montsouris, de Monceau, la métamorphose des bois de Boulogne et de Vincennes, voilà assurément des titres à la reconnaissance généreuse de tous ceux qui aiment Paris. Il ne faut pas marchander cette reconnaissance à la mémoire du baron Haussmann. L'Empire avait comblé d'honneurs le haut fonctionnaire en lui conférant la dignité sénatoriale et la grande-croix de la Légion d'honneur; les Parisiens lui ont voué un souvenir de gratitude: ceci dure plus et vaut mieux que cela.
M. FOUCHER DE CAREIL M. EUGÈNE DELAPLANCHE
D'après une photographie de M. Truchelut. D'après une photographie de M. Pirou.
UN LABADENS
Je ne sais si vous éprouvez quelque plaisir à prendre part à ces agapes périodiques que les associations amicales d'anciens Labadens ont mises depuis plusieurs années déjà à la mode. Pour ma part, je les exècre, attendu que rien, mieux quelles, ne me fait plus durement sentir l'outrage des années qui s'accumulent, la fâcheuse décrépitude qui menace, et ne me montre la profondeur des rides que la patine du temps creuse au front de mes contemporains, sans pour cela épargner le mien.
On s'était connu jeune, ardent, rose, joufflu, ruisselant de cheveux et d'illusions: on se retrouve alourdi, glabre, chauve, bedonnant et sceptique. On s'abreuve de mauvais champagne et de vieux souvenirs; mais ceux-ci, on les regrette, et celui-là fait mal à l'estomac. On se bat les flancs pour trouver drôles un tas de vieux anas que leur parfum classique impose, et on est forcé de feindre l'enthousiasme pour les mérites transcendants d'un jeune élève, lauréat de l'association, dont le folio, exhibé par M. le proviseur ému jusqu'aux larmes, est blanc de retenues et de vers à copier! C'est odieux!
Ajoutez à cela que si, rebelle parfois aux tendres soins que l'Université, alma parens, prodigue à ses nourrissons, vous avez dû, pendant les dix années de vos études, traîner vos fonds de culottes un peu partout; si votre caractère, trop peu apprécié par les uns, vous a forcé à aller demander à d'autres le complément d'une instruction interrompue par la catastrophe d'une exclusion fatale, vous risquez d'être impuissant à suffire à l'afflux de banquets qui vous attend, et de condamner votre estomac à un régime qu'il n'a plus la force de subir. On ne peut pas faire de jaloux, n'est-ce pas? et alors, gare à la gastrite!!!
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