Et Lakmé! Je revois cette frêle Van Zandt, et je l'entends chanter la plainte délicieuse:

Tu m'as dit des mots de tendresse

Que les Indiens ne savent pas!

Tu m'as donné le plus doux rêve!

Eh! oui, et c'est là ce qui fait du musicien un être à part. Il parle une langue qui est la langue universelle, une langue comprise partout, et qui, partant, donne la sensation du rêve qu'a poursuivi le maestro.

Une main courant sur le piano évoque aussitôt la poésie disparue, la ramène parmi nous. Et c'était un poète, un raffiné, ce Parisien, qui semblait toujours rire, jetait sa gaieté à tous les vents, et devait si tristement mourir!

Grand, beau garçon, blond, solide et distingué à la fois, il fallait le voir, au Cercle, lorsqu'il conduisait un orchestre, les soirs de revues ou de représentations solennelles! C'était un boute-en-train. Il avait la verve entraînante et fulminante. On l'aimait beaucoup.

Et maintenant il est sorti de Saint-Roch, avec son habit à palmes vertes de membre de l'Institut jeté sur le drap noir, parmi les fleurs...

--Savez-vous ce que c'est que cet habit? me disait un des confrères de Delibes. C'est notre linceul, à nous! Le linceul vert!

Au Cercle, justement, on a joué deux pièces nouvelles, la Mi-Carême, de Meilhac et Halévy, et une comédie de M. Rivollet, tandis qu'aux Folies-Bergère les Incohérents donnaient une revue, une pure revue aristophanesque, où figuraient, sous leur nom et leur figure, M. Sarcey, M. Bergeret, M. Zola et même M. Quesnay de Beaurepaire! Vive la liberté! C'est le titre de la revue. On n'y a pas fait de politique, cette politique qui se fourre partout... Partout même où elle ne devrait pas se glisser. En voulez-vous un exemple? M. Detaille expose, chez Goupil, un admirable tableau dont on parle beaucoup et qui, malheureusement, va partir pour l'Amérique, absolument comme la pharyngite de Mme Sarah Bernhardt. Ce tableau est un épisode de la campagne de 1806, une charge de cavalerie que l'auteur appelle: Vive l'empereur!