Sabre haut, emportés par le galop, les cavaliers de Detaille poussent hardiment leur cri de guerre, on songe, en les voyant, au mot de Napoléon sur le général de cavalerie par excellence, Lassalle:
«Pour voir un beau soldat, il fallait regarder Lassalle un jour de bataille.»
Eh bien, savez-vous comment un journal radical traduit, pour ne pas déplaire à ses lecteurs, le cri de Vive l'Empereur! que fait pousser Detaille à ses cavaliers de 1806?
«Ce tableau est vivant. Toutes les bouches des personnages semblent crier: «En avant!»
Ce n'est rien, ce petit détail, mais c'est charmant. C'est tout l'esprit de la politique.
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Il doit y avoir de la politique dans Thermidor ou du moins on en attend. Comment parler de Thermidor sans parler des thermidoriens? A moins que M. Sardou ne veuille, par le contraste, railler le terrible froid qu'il fait et dire à nos édiles:
--C'était le bon temps, Thermidor! Il n'y avait pas alors besoin de braseros dans les quartiers pauvres!
Je doute que cette politique-là soit celle de M. Sardou. Mais il est bien certain que Thermidor passionne déjà l'opinion presque autant que la représentation annoncée de Lohengrin à l'Opéra. Aurons-nous ou n'aurons-nous pas Lohengrin à l'Opéra après n'avoir pu avoir Wagner à l'Éden? Les uns disent oui, les autres non. Les wagnériens, eux, décrètent qu'on doit l'avoir, et ils disent avec juste raison que puisqu'on exécute du Wagner dans les concerts on ne voit pas bien pourquoi on n'en jouerait pas sur nos théâtres. La question de patriotisme se réduirait-elle à une question de costumes? On serait bon Français en chantant du Wagner en habit noir, mauvais patriote en l'interprétant en pourpoint Moyen-Age.
Et les wagnériens, qui, du reste, font de Wagner un Bouddha et l'adorent religieusement, les wagnériens, las de prendre le train de Bruxelles pour aller écouter Siegfried à la Monnaie, de déclarer, par la plume de l'un d'eux (que je cite textuellement):