L'autre débat portait sur la Tripolitaine. On sait qu'il existe en Italie un parti--et on a toute sorte de bonnes raisons de penser que c'est le parti du gouvernement--qui s'est attaché à surexciter en toutes circonstances les susceptibilités du pays, en faisant croire que la France n'attend qu'une occasion de mettre la main sur la Tripolitaine. A plusieurs reprises le gouvernement français a pris soin de démentir de la façon la plus catégorique les nouvelles fantaisistes répandues à ce sujet dans la péninsule. La presse italienne revient cependant à la charge, et cela se comprend. Comment le gouvernement italien pourrait-il justifier les armements qu'il impose au pays, s'il n'entretenait cette idée qu'un danger le menace à tout instant et que, par conséquent, il doit être toujours en état de défendre ses intérêts? Voilà pourquoi il est bon que notre gouvernement saisisse de son côté toute occasion de rétablir sur ce point la vérité, et fasse justice d'allégations que son silence pourrait accréditer.
C'était là l'objet de la question que M. Pichon a adressée au ministre des affaires étrangères. M. Ribot a répondu avec finesse et netteté et même avec une pointe de spirituelle ironie qui lui ont valu les applaudissements de toute la chambre. Rappelant les sentiments de sympathie que M. Crispi a récemment attestés envers la France, il a dit que le premier ministre du roi Humbert devait, à coup sùr, être plus attristé que nous des polémiques toujours hostiles de la presse de son pays.
Le ministre ne s'en est pas tenu là et a replacé la question sur son véritable terrain, en affirmant l'accord complet qui existe entre la France et la Turquie en ce qui concerne la Tripolitaine. Il ne faut pas oublier en effet que cette province fait partie intégrante de l'empire ottoman, et que le sultan est le seul souverain avec lequel nous ayons à nous entendre pour tout ce qui concerne nos rapports et nos intérêts dans cette région de l'Afrique. Il est donc singulier de voir la presse italienne en proie à ces inquiétudes, manifestement artificielles, alors que le gouvernement ottoman, loin d'éprouver aucune émotion, entretient avec nous les relations les plus cordiales.
--M. Richard a interrogé le ministre des travaux publics au sujet du chauffage des wagons de 2e et 3e classes. On sait que les compagnies de chemins de fer ne sont pas tenues par leur cahier des charges de faire chauffer ces voitures sur les lignes de banlieue; mais sur les réclamations du public, le gouvernement avait fait espérer qu'une amélioration, conforme à l'humanité, serait apportée à cette situation. Après un débat assez agité et assez confus, on est arrivé à cette conclusion, que les voitures dont il s'agit seraient chauffées l'année prochaine. Fort heureusement, le dégel est survenu sur ces entrefaites.
Le conseil supérieur du travail.--
M. Jules Roche, ministre du commerce, vient d'instituer dans son département un «Conseil supérieur du travail» dont il a indiqué lui-même le caractère dans le rapport qu'il a adressé à ce sujet au président de la République.
Dans la pensée du ministre, ce conseil sera essentiellement un instrument d'études pour examiner les projets et pour préparer les solutions sur lesquelles le parlement aura à se prononcer. Il est destiné à fournir d'une manière rapide et sûre les renseignements concernant les questions ouvrières, que l'on n'a pu obtenir jusqu'ici qu'en ouvrant des enquêtes longues et coûteuses, enquêtes dont les résultats n'ont pas répondu, la plupart du temps, à l'effort déployé.
Afin de permettre à toutes les opinions de se produire, M. Jules Roche a décidé que le Conseil serait composé pour un tiers de membres du parlement et, en général, de personnes particulièrement versées dans les matières économiques et sociales, et, pour les deux autres tiers, en nombre égal, de patrons et d'ouvriers. Pour ces derniers, son choix s'est porté principalement sur des membres des conseils des prud'hommes, secrétaires généraux des syndicats, anciens délégués, etc., c'est-à-dire sur des ouvriers déjà désignés par leurs camarades, par conséquent possédant leur confiance et pouvant apprécier judicieusement les mesures propres à améliorer la situation des travailleurs.
Société nationale des Beaux-Arts.--
L'assemblée générale de la Société nationale des Beaux-Arts a eu lieu vendredi dernier à l'Hôtel-Continental. M. René Billotte, secrétaire, a donné lecture de la lettre par laquelle M. Meissonier se démet de ses fonctions de président, et annoncé que la délégation avait proposé M. Puvis de Chavannes pour le remplacer.