Ce n'est pas bien gai, j'en conviens, mais peut-être est-ce préférable au régime de la censure répressive qui vous accordait--avant, la liberté de jouer ce que vous vouliez, sous peine d'en pâtir--après. Et l'œuvre incriminée entraînait quelquefois la prison pour l'auteur et le directeur, quand les choses n'allaient pas plus loin, comme sous Louis XII où la liberté la plus absolue était accordée aux auteurs sous la seule obligation de respecter les dames, sous peine de pendaison. Il n'y allait pas de main morte, le Père du peuple, et dire que c'est à Henri IV qu'on a attribué le surnom de Roi galant!

La censure facultative laissait aux auteurs et directeurs la liberté de soumettre la pièce à l'examen ou de s'affranchir de cette formalité. Dans le premier cas, ils n'étaient pas responsables s'il se produisait du désordre; dans le second cas, ils demeuraient passibles du code pénal.

La censure, composée actuellement de quatre inspecteurs, MM. Philippe de Forges, Paul Bourdon, Georges Gauné et Adrien Bernheim, ressort, comme on sait, du ministère de l'instruction publique et des beaux-arts. Ses fonctions sont essentiellement consultatives et nous allons voir comment elles s'exercent.

M. ADRIEN BERNHEIM

Pour en faire mieux saisir le mécanisme, prenons, si vous le voulez bien, une pièce depuis le moment où elle est soumise à l'examen de la censure jusqu'au soir de la première représentation.

Un jour, un auteur s'écrie:

--Enfin, ma pièce est reçue!

Inutile d'ajouter que, si c'est un jeune auteur, il pousse ce cri quelque cinq, dix ou quinze ans après la présentation de sa pièce à un directeur de théâtre. Enfin sa pièce est reçue, c'est l'important. Les rôles sont distribués, la lecture faite aux artistes, les répétitions commencent.

De la censure, jusque-là, il n'est pas question; on ne s'en occupe que huit ou dix jours avant la première représentation. Le manuscrit est alors envoyé au ministère des beaux-arts, rue de Valois, non par l'auteur, mais par le directeur, avec cette mention en tête de l'ouvrage: Pour être représenté sur le théâtre de ***.