Tels sont les attributions et le fonctionnement de la censure dramatique à Paris.
Voici maintenant quelques détails relatifs à la province.
Il n'y a pas, à proprement parler, de censure en province; le besoin s'en fait moins sentir, puisque l'autorisation de représentation d'une pièce à Paris entraîne par cela même l'autorisation pour toute la France.
Il en est de même pour l'interdiction, elle s'étend à tous les départements lorsqu'elle a été prononcée à Paris.
Il arrive cependant, surtout depuis l'élan donné à la décentralisation dramatique, que des œuvres inédites soient représentées en province. Dans ces cas, la pièce est soumise préalablement au préfet du département dans lequel elle doit être jouée et c'est le préfet qui autorise ou interdit.
A propos du Théâtre-Libre, bien souvent nous avons entendu des gens s'étonner que la censure y autorisât toutes les pièces. La censure n'a pas à se prononcer dans la circonstance. Le Théâtre-Libre est une entreprise privée, fermée, sans représentations payantes, au vrai sens du mot, c'est-à-dire, sans guichets ouverts au public. Il rentre dans la catégorie des cercles et des associations particulières organisant, comme le cercle Pigalle, entre autres, pour leur plaisir et celui de leurs amis, des représentations où la censure n'a rien à voir, puisque sa mission est de prévenir ce qui peut froisser le sentiment public. Ce n'est pas le cas dans l'espèce.
Mais qu'une des pièces jouées dans l'intimité de ces associations soit reprise par un théâtre ordinaire, elle relève alors de la censure qui reprend sur elle tous ses droits d'examen.
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Outre la surveillance des théâtres, la censure est chargée aussi de celle des cafés-concerts. Et ce n'est pas le moindre de ses soucis si l'on réfléchit qu'il existe à Paris plus de cinquante cafés-concerts permanents et deux fois autant d'hebdomadaires. Ce qui se traduit par le chiffre respectable de sept à huit cents chansons soumises par mois au visa de la censure.
On comprend que chacune de ces chansons n'entraîne pas les mêmes formalités imposées aux pièces. C'est tout autre chose, et si l'étude du fonctionnement de la censure au point de vue du théâtre ne nous avait pas entraîné aussi loin, nous nous serions fait un plaisir de vous faire entrer dans la «cuisine» des cafés-concerts.