Il nous faut y renoncer pour aujourd'hui et nous attendrons, pour y revenir, que l'actualité nous y ramène.

Je veux cependant vous conter une anecdote qui a trait à la censure des cafés-concerts.

Un jour on soumet à son visa une chanson intitulée, je crois, l'Avancement du petit Augustin.

C'était l'histoire, bien vieille et bien usée, de l'employé pour qui chaque visite de sa femme au ministre se traduit par un avancement. Il finissait, au dernier couplet, par être nommé chef de division.

La censure n'y vit pas malice et autorisa la chanson. Elle se chantait depuis deux ans déjà lorsqu'une plainte, signée d'une main ministérielle, signala à l'Inspection des Théâtres l'inconvenance de l'Avancement du petit Augustin et en réclamait l'interdiction immédiate.

Or, savez-vous le vrai motif de cette réclamation? Il y avait alors quelque part un chef de division qui--par hasard--s'appelait Augustin; qui, par hasard aussi, était petit, marié, et qui--comble de hasard--devait, paraît-il, son avancement à l'amitié du ministre pour sa femme!

Un sous-ordre de ce fonctionnaire avait entendu la chanson, s'en était ému, avait rédigé une lettre de réclamation, et le piquant de l'anecdote est que la lettre fut soumise à la signature du ministre par le chef de division lui-même--naturellement!

Paul Bilhaud.

URANIE

Par CAMILLE FLAMMARION