Charles Joliet.

LES OBSÈQUES DE MEISSONIER.--Le cortège funèbre à l'église de la Madeleine.

LES OBSÈQUES DE MEISSONIER.--Le fourgon funèbre traversant la forêt de Saint-Germain.--Arrivée du corps au cimetière de Poissy.

La semaine parlementaire.--L'interdiction de la pièce de M. Sardou, Thermidor, a été, comme il fallait s'y attendre, l'objet d'une discussion très vive à la Chambre. M. Fouquier qui, dans tous ses écrits, et avec un talent auquel tout le monde rend hommage, défend la cause de la tolérance, a déposé une demande d'interpellation, de concert avec M. Charmes et M. Reinach, «sur les mesures que comptait prendre le gouvernement pour assurer le maintien de l'ordre et la liberté de l'art dramatique.» Il a défendu sa thèse avec l'esprit qu'on lui connaît, et, en somme, la Chambre était très hésitante, car si d'une part la majorité avait quelque peine à blâmer un ministère qui a sa confiance, de l'autre, beaucoup de députés, même ministériels, regrettaient qu'on eût interdit une pièce, acceptée par la censure, uniquement parce qu'il avait plu à quelques individus isolés d'en empêcher la représentation.

M. Constans, ministre de l'intérieur, est monté à la tribune et a expliqué que les incidents de la seconde représentation de Thermidor et les renseignements parvenus depuis au ministère ne laissaient aucun doute sur les désordres qui allaient se produire aux représentations suivantes, soit dans la salle, soit dans la rue. Le devoir du gouvernement, a ajouté le ministre, était de les prévenir par une décision rapide. Il l'a fait, et il aurait été coupable s'il ne l'avait pas fait.

Pendant toute cette discussion la Chambre s'est montrée visiblement agitée, au point que les orateurs ne réussissaient pas à retenir l'attention. Tour à tour, M. Pichon, M. Emmanuel Arène, M. Reinach, prennent la parole sans parvenir à se faire écouter, en sorte que M. Constans a pu faire cette observation, «que le désordre auquel la Chambre paraissait en proie pouvait faire présager ce qui se serait passé au théâtre si les représentations avaient continué.» Bref, on ne savait ce qui pouvait résulter de cette discussion, lorsque M. Clémenceau a demandé la parole, et du premier coup a porté la question sur un terrain tout nouveau, car après son discours, chose inattendue, la Chambre a été appelée à se prononcer, non sur l'interdiction de Thermidor, mais sur la révolution elle-même, et sur la façon de gérer l'héritage qu'elle a laissé au parti républicain.

«Qu'on le veuille ou non, a dit M. Clémenceau, la révolution française forme un bloc dont il est impossible de rien distraire... Les temps ne sont pas si changés qu'on le pense. Avez-vous oublié l'insurrection royaliste de la Vendée, les émigrés servant à la frontière dans les rangs des Prussiens et des Autrichiens? Avez-vous oublié la terreur blanche? Les petits-fils des Vendéens et les petits-fils des bleus sont toujours en face les uns des autres... La révolution n'est pas finie. Ce que nos pères ont voulu, nous le voulons aussi. Voilà pourquoi la lutte durera tant qu'un des deux partis ne sera pas victorieux. Et voilà pourquoi, si le gouvernement ne faisait pas son devoir, les citoyens feraient le leur.»