M. Finali, ministre des travaux publics, s'est senti particulièrement atteint et à ce moment il a quitté, très irrité, le banc des ministres. Quant à M. Luzzati, changeant immédiatement de tactique, il déclara qu'il voterait contre le projet. C'est dans ces conditions qu'on est passé au vote et 186 voix contre 123 se sont prononcées contre le ministère.
M. Crispi a aussitôt prié le président de lever la séance et il s'est rendu au palais pour remettre sa démission au roi.
Cela veut-il dire que la politique suivie jusqu'ici par l'Italie va être modifiée? La chose n'est pas probable. Ce n'est pas M. Crispi qui a fait la triple alliance, la triple alliance lui survivra. Ce sera le même air chanté autrement; nous y gagnerons toujours quelque chose, car la voix de M. Crispi commençait à être fort désagréable aux oreilles françaises. En résumé, si la démission du président du Conseil italien fait avec raison quelque bruit, rien ne dit que ce soit un gros événement par ses conséquences. La politique que suivait M. Crispi était, en somme, celle du roi, et si M. Crispi, qui a peut-être voulu avoir ce dernier point de ressemblance avec M. de Bismarck, est condamné à la retraite, le roi n'a pas abdiqué.
Le Soudan français.--L'expédition entreprise par le commandant Archinard, et dont nous avons donné les résultats, semble avoir eu les conséquences les plus heureuses. Depuis, le commandant Ruault a dispersé dans le Goudioumé le dernier rassemblement des débris de l'armée d'Ahmadou et il a fait 800 prisonniers.
Les soumissions affluent et Ahmadou a pris la fuite dans la direction du désert.
On peut donc considérer la campagne comme à peu près terminée. Toutefois on continuera à se tenir en garde contre les retours offensifs des partisans d'Ahmadou, car, tant que l'ex-sultan de Segou ne sera pas entre nos mains, il ne désespérera pas complètement de la fortune et cherchera à nous créer des embarras.
Six heures de révolution à Oporto.--Une révolution qui éclate, triomphe et se laisse réprimer en une demi-journée, mérite d'être signalée au passage, alors même qu'elle n'a pas laissé de traces durables dans le pays où elle s'est produite.
Le 31 janvier, on apprenait par dépêche qu'un certain nombre de soldats de la garnison d'Oporto s'étaient insurgés et qu'après avoir livré plusieurs escarmouches aux troupes restées fidèles, ils s'étaient emparés de l'Hôtel-de-Ville où ils avaient constitué un gouvernement provisoire, composé de cinq membres directeurs, lesquels, entre parenthèses, ne se trouvaient même pas dans l'édifice municipal au moment où ils étaient ainsi investis du pouvoir suprême.
Mais les insurgés étaient en très petit nombre et ne possédaient que fort peu de munitions, en sorte qu'ils ne purent soutenir longtemps l'assaut que leur livra la troupe et force leur fut de se rendre.
Le nombre des insurgés arrêtés dès l'abord est de 54, sur lesquels 11 civils. D'autres se sont livrés eux-mêmes à la police. On compte 30 tués dont 3 militaires et une femme. Il y a eu 10 civils et 36 militaires blessés.