Meissonier écrivain! M. A. T... assure que ces pages du peintre sont tout à fait de premier ordre. On devrait les publier.
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Autre mort, M. Latour Saint-Ybars, l'auteur dramatique, un mort qui était déjà un disparu. Et cependant il eut son heure. Sa tragédie de Virginie fut un succès considérable. Elle servit, avec la Lucrèce de Ponsard, à battre en brèche la citadelle romantique; mais ces tentations de réaction classique furent impuissantes et il fallait attendre le naturalisme pour voir le romantisme regardé comme une vétusté. Voilà, du reste, bien des mots en isme. Latour Saint-Ybars ne s'y arrêtait pas. Il était catholique convaincu et classique renforcé.
Un sous-Ponsard, l'a-t-on appelé. Si cet homme de talent, ce méridional spirituel, avait donné sa Virginie avant Lucrèce, c'est Ponsard qui serait un sous-Latour.
Autre mort, car ils vont vite, comme dans la ballade devenue banale. C'est un romancier, celui-là, Elie Berthet, un vieux romancier du bon temps des romans d'aventures, des romans où les souterrains jouaient leur rôle, où il y avait, pour émouvoir le public, des aveugles qui recouvraient la vue, et des muets qui retrouvaient la parole. Je gage que vous n'avez pas lu d'Élie Berthet les Catacombes de Paris? Moi j'ai lu cela, et je m'y suis fort intéressé. Et le Pacte de famine! Un drame révolutionnaire, un de ceux qu'on laissait jouer sous les tyrans.
Elie Berthet était un petit homme au profil aigu et fin, portant lunettes, un brave et digne homme s'il en fut, un littérateur de la vieille roche, pur comme l'eau qui en sort.
Il disait des romanciers décolletés de ce temps-ci:
--Ce sont des gens qui gagnent leur partie avec des cartes grasses et biseautées!
Jadis, il lui était arrivé une aventure des plus ironiques, contée en quelque endroit par le marquis de Belloy.
En pleine vogue de succès, Elie Berthet visitait Brest, il y a fort longtemps. Les officiers de marine l'avaient fort bien reçu et quelques-uns même lui avaient offert un banquet.