On avait bien mangé, causé, le tout avec bonne humeur, lorsqu'au dessert, brusquement, un coup de canon retentit du côté de la rade.
Elie Berthet rougit un peu, remercia, dit:
--C'est trop! Vraiment, messieurs, je vous suis reconnaissant, mais c'est trop!
C'était le coup de canon qui annonçait la rentrée des forçats, et le romancier le prenait pour lui.
Grand pêcheur à la ligne, Elie Berthet allait autrefois, avant de se mettre au travail littéraire, taquiner le goujon sur une des berges de la Seine. Un jour, las de sa place habituelle, il choisit un autre poste, et il y était installé, sa ligne à la main, quand un autre pêcheur se présenta et lui dit:
--Pardon, monsieur, mais c'est là que je pêche d'habitude!
--Je n'avais vu personne, dit Elie Berthet, j'avais cru...
--Oh! il n'y a pas grand mal, fait le monsieur, mais, sans vous connaître, je parie que vous êtes républicain.
--Oui, dit Elie Berthet, je suis républicain. Mais pourquoi votre gageure?
--Eh! monsieur, fait l'autre, tout simplement parce que vous voulez me prendre ma place!