C'était un mot, mais ce n'était qu'un mot. Elie Berthet apprit depuis que son interlocuteur était M. de Cormenin, si célèbre à son heure (heure sonnée) sous le pseudonyme de Timon.

Républicain, Elie Berthet l'avait été toute sa vie. Quand il était tout jeune, il y avait dans sa ville un vieux grognard du nom de Fissou qui, ne pouvant exprimer tout haut ses sentiments libéraux et napoléoniens (sous les Bourbons libéral ou bonapartiste était tout un) n'avait qu'une joie, une joie malicieuse, qui consistait à appeler par son nom le jeune homme quand il le rencontrait dans la rue.

Fissou criait:

--Eh! liberté!

Et il le criait d'autant plus fort qu'il apercevait quelque agent de l'autorité.

--Eh! liberté!

L'agent se retournait, venait droit au père Fissou, vieil officier de chasseurs de l'empire.

--Qu'est-ce que vous dites?

--Je ne dis rien.

--Si! Vous criez: liberté.