Mais nous en fûmes ici quittes pour la vision, nos blessés s'étaient cette fois pour tout de bon enfuis, se dérobant à nos poursuites, si bien que, lassés enfin et fatigués de notre course, nous les abandonnâmes sans chercher à les rejoindre.

Ce fut à regret, bien entendu, mais en définitive nous n'étions pas venus pour chasser, et cet agréable passe-temps nous retardait sans profit pour nos recherches et pour notre voyage. D'ailleurs, l'observation nous montra que les eaux paraissaient baisser et menaçaient de nous fermer la voie du retour; les vivres, par l'absence de villages, devenaient impossibles à se procurer,--car la viande seule ne suffit pas--aussi nous décidâmes-nous, bien à regret toutefois, à revenir sur nos pas.

Le jeudi 15 mai, nous commencions notre descente et abandonnions ce pays où j'espère bien retourner un jour poursuivre l'œuvre commencée.

Entraînés par le courant rapide de la rivière, nous étions de retour au village Ouosso dans la soirée du 19.

Enfin, après avoir encore tenté inutilement de remonter la Sangha, nous partîmes le 25 mai pour revenir à Brazzaville, laissant dans ce pays des indigènes heureux de nous avoir vus et nous faisant promettre de revenir bientôt.

Le 11 juin, après une navigation fort difficile dans le Congo, nous arrivâmes à Brazzaville, où nous fûmes reçus avec toute l'amabilité et l'affectueuse obligeance que nous devions attendre des bons amis que nous y avions laissés.

Quatre mois après nous étions de retour en France, après plus de quatre ans d'absence.

Puisse un nouvel effort, auquel je m'associerai encore avec joie, nous ouvrir définitivement un pays dont nous n'avons fait qu'entrevoir les richesses, et qui me paraît la route la plus sûre ouverte à un vaste champ d'exploration dans le nord!

R. Pottier.