--Au Sénat, on a eu une interpellation de M. Fresneau «sur les usurpations commises par le conseil municipal de Paris.» En réalité, l'orateur, au lieu de s'en tenir à la question purement municipale, a fait une longue digression historique qui remontait jusqu'à la révolution, car aujourd'hui il n'est guère de discussion parlementaire où l'on ne parle des personnages de la révolution, comme s'ils étaient revenus au monde pour diriger la politique moderne, en sorte qu'on en arrive à voter, non pour ou contre le cabinet, mais pour ou contre Robespierre. Aussi le ministre de l'intérieur a-t-il eu beau jeu pour répondre à l'interpellation, et quand il a déclaré «qu'il s'en rapportait au Sénat, pour la conclusion à donner à ce débat dont il ne comprenait pas tout à fait l'objet», il était assuré du résultat final, c'est à dire du vote de l'ordre du jour pur et simple qu'acceptait le gouvernement.
--M. Jules Ferry a été nommé président de la commission des douanes, et à cette occasion il a prononcé un discours dans lequel il s'est efforcé de se garder de toute allusion politique. Toutefois ce discours, bien que purement économique, n'est pas passé et ne pouvait passer inaperçu. L'ancien président du conseil a joué un rôle politique trop important pour que l'opinion admette facilement que, rentrant dans la vie parlementaire, il se renferme strictement dans les questions techniques.
La réunion royaliste de Nîmes.--Depuis quelque temps, les royalistes avaient annoncé qu'ils allaient organiser à Nîmes une grande réunion dans laquelle M. le comte d'Haussonville prendrait la parole et tracerait le programme du parti.
Cette réunion a eu lieu dimanche dernier, 8 février. Il faisait à Nîmes un temps exceptionnellement mauvais; la neige tombait et le froid était vif. Malgré cela les délégués des départements étaient venus en grand nombre, et l'assistance était tellement compacte qu'on avait peine à pénétrer dans la salle.
M. Roux-Larcy, qui présidait la réunion, a donné la parole à l'orateur annoncé par ces mots, dont on peut apprécier la portée: «Le titre principal de M. le comte d'Haussonville à la confiance de cette assemblée, c'est d'être le confident de celui qui représente la tradition nationale héréditaire de la France.»
Il est impossible de donner ici même une analyse du long discours prononcé par M. le comte d'Haussonville, discours destiné à contrebalancer l'effet produit par les adhésions d'une partie de l'épiscopat français au gouvernement établi, et à prêcher la résistance.
M. le comte d'Haussonville a exprimé, en terminant, l'espoir que la France, «lassée des divisions des républicains, écœurée de leurs scandales, révolté de leurs injustices, se tournera vers la seule forme de gouvernement qui ne l'ait jamais trahie ni trompée; et pour cela, a ajouté l'orateur, il faut attendre et ne pas désarmer, car il n'y a qu'un seul jour où il soit permis de déposer les armes, c'est au lendemain de la victoire.»
Il sera curieux de voir si le cardinal Lavigerie jugera devoir répondre à une déclaration aussi nette et quelle sera sa réponse.
Italie: la crise ministérielle.--Après des négociations assez laborieuses, M. di Rudini a été chargé par le roi Humbert de constituer le nouveau ministère, qui a été ainsi composé:
M. di Rudini, président du conseil avec le portefeuille des Affaires étrangères; M. Nicotera, Intérieur; M. Colombo, Finances; M. Luzzatti, Trésor; M. Branca, Travaux publics; M. Ferraris, Grâces et Justice; Villari, Instruction publique; M. Chimirri, Agriculture et Commerce; général Pelloux, Guerre; M. Saint-Bon est désigné pour la Marine, dont l'intérim a été confié au président du conseil.