Espagne: les élections générales.--Les élections générales qui ont eu lieu en Espagne le 1er février étaient faites pour la première fois sous l'empire de la nouvelle loi instituant le suffrage universel.

La Chambre se compose de 443 députés, élus pour cinq ans. D'après la loi du 26 juin 1690, le droit de vote est accordé à tous les Espagnols, âgés de vingt-cinq ans, jouissant de leurs droits civils et ayant deux ans de résidence dans la même commune. Chaque bulletin ne peut contenir qu'un nom dans les districts qui n'ont qu'un député, deux dans ceux qui en ont trois, trois dans ceux qui en ont quatre ou cinq, cinq dans ceux qui en ont sept et sept dans ceux qui en ont huit.

Sont élus ceux qui ont obtenu le plus de voix, la loi ne fixant pas de majorité absolue. Il ne peut donc y avoir ballottage que dans le cas où deux députés auraient obtenu le même nombre de voix dans un district où l'on ne doit élire qu'un seul député. Dans ces conditions, on comprend que si les partis d'opposition sont divisés et présentent chacun un candidat, toute coalition étant impossible, le candidat du gouvernement obtient facilement la victoire.

Le parti républicain, bien qu'il ait remporté, sur l'ensemble du territoire, un assez grand nombre de suffrages, n'a réussi à faire entrer à la Chambre qu'un très petit nombre de représentants. Par la raison que nous venons de dire, les tentatives de coalition qu'ils ont essayé de faire sur certains points avec les libéraux ont complètement échoué. D'ailleurs, M. Sagasta, désireux de réserver l'avenir et de se montrer, dans ce but, aussi bon monarchiste que M. Canovas del Castillo, a refusé systématiquement de s'y prêter. Républicains et libéraux ont donc fait campagne chacun de leur côté. Les premiers y ont sans doute un peu perdu, mais les seconds y ont gagné; en effet, leur alliance avec les républicains leur aurait certainement fait perdre, dans plus d'une circonscription, le bénéfice de cette tolérance officielle à laquelle ils ont dû la plus grande part de leur succès.

Les élections ont donné, en conséquence, les résultats prévus en faveur du gouvernement. D'après la proclamation officielle, la Chambre comprendra 151 membres de l'opposition, parmi lesquels il est peu d'irréconciliables, et 289 ministériels.

Allemagne.--Le général Waldersee.--L'empereur d'Allemagne ne perd pas une occasion d'affirmer la volonté inébranlable de gouverner seul, et, pour cela, de congédier successivement tous ceux qui peuvent prétendre à exercer une action sérieuse et personnelle dans la direction des affaires publiques. On sait avec quel éclat il s'est séparé de son chancelier; c'est aujourd'hui le tour du chef d'état-major général, le général de Waldersee.

Par une lettre rendue publique, et d'ailleurs conçue dans les termes les plus flatteurs et même les plus tendres, Guillaume II a annoncé au général qu'il était relevé de ses fonctions, et qu'il recevait, en échange, le commandement du 9e corps d'arme: «Ce commandement, dit l'empereur qui se plaît souvent à faire intervenir ses sentiments de famille dans les affaires de l'État, se trouve dans le pays natal de ma femme bien-aimée. C'est une distinction que je suis heureux de pouvoir vous conférer.»

Le successeur du général de Waldersee est le général comte Alfred de Schlieffen, qui, en 1866, était attaché militaire à l'ambassade d'Allemagne à Paris. Pendant la guerre de 1870, il était le chef d'état-major de l'armée du grand-duc de Mecklembourg, qui opérait sur la Loire. En dernier lieu, il était le plus ancien en grade des quartiers-maîtres généraux, c'est-à-dire le premier des auxiliaires du comte Waldersee. Il est permis d'en conclure que le remplacement de ce dernier est motivé par des causes toutes personnelles, car si l'empereur avait eu en vue un changement de système, il n'aurait pas choisi le collaborateur immédiat de celui qu'il éloigne de sa personne, en lui donnant un commandement qui ressemble fort à un exil.

Angleterre et Irlande.--L'intolérance anglicane.--On accepte facilement en France, comme chose indiscutable, que l'Angleterre est par excellence le pays de la liberté et de la tolérance. Malheureusement pour nos voisins, les faits viennent démontrer de temps à autre que cette réputation est quelque peu usurpée. En voici une nouvelle preuve.

A une des dernières séances de la Chambre des communies, M. Gladstone a déposé une proposition tendant à l'abrogation d'une loi d'exception en vertu de laquelle les postes de lord-lieutenant ou de gouverneur de l'Irlande et de chancelier du Royaume-Uni sont interdits aux catholiques. Il fallait l'initiative du «Grand libéral» pour rappeler au monde que ce dernier vestige de la persécution si longtemps dirigée contre les catholiques subsistait encore et que par conséquent l'égalité religieuse commandée par les progrès de l'esprit moderne n'existait pas en Angleterre. A-t-il suffi au moins que la question fût posée pour quelle fût tranchée dans le sens libéral, comme on avait le droit de s'y attendre de la part d'une nation qui, sous ce rapport, se vante de donner des leçons à toutes les autres? Nullement; le cabinet a combattu la proposition de M. Gladstone qui a été repoussée par 256 voix contre 223. L'affaire en soi n'a pas grande importance, mais elle est typique dans un pays où l'on tient des meetings retentissants, pour protester contre la situation faite aux juifs dans l'empire russe.