M. Julien Tiersot vient de publier au Ménestrel la deuxième série des Mélodies populaires de France qu'il a recueillies et harmonisées. Cette deuxième série, qui contient la Mort du roi Renaud, C'est le vent frivolant, Les Répliques de Marion, La Mort du mari etc., n'est pas inférieure la première, qui a eu tant de succès. Il y a une saveur et une poésie toutes particulières dans les chansons de nos campagnes qu'on dédaignait trop jusqu'ici. On y vient, et on est tout étonné d'y trouver tant de plaisir.--Chez les mêmes éditeur? viennent de paraître le quatrième et nouveau volume des Mélodies de Faure, qui ont toujours tant de vogue, les délicieuse Rondes et Chansons d'avril, de Blanc et Dauphin, sur des paroles de Georges Auriol, l'amusante partition des Douze femmes de Japhet, les danses les plus populaires du vieux «Strauss de Paris» réunies en un élégant volume orné du portrait de l'auteur, et enfin une nouvelle édition divisée en cinq cahiers de la belle méthode de Marmontel, l'Enseignement progressif et rationnel du piano. Voilà de la variété.


Le bal annuel de l'Association amicale des anciens élèves de l'École centrale des Arts et Manufactures aura lieu le samedi 28 février courant, dans les salons de l'Hôtel Continental.

Ce bal, qui réunira toutes les notabilités du commerce et de l'Industrie, s'annonce comme une des plus brillantes fêtes de la saison.

NOS GRAVURES

LE MARQUIS DI RUDINI

(Page couverture.)

Après huit jours de gestation un peu laborieuse, le marquis di Rudini est parvenu à former un nouveau ministère avec le concours de M. Nicotera. Le marquis di Rudini est le chef de la droite et M. Nicotera un des principaux représentants de la gauche. En France, cette alliance peut étonner, parce que les principes professés à droite sont diamétralement opposés à ceux qui guident les hommes de la gauche. En Italie, il n'en est rien. La divergence ne portant pas sur la forme de gouvernement, mais seulement sur la façon d'appliquer certaines lois, il est arrivé bien souvent que les deux côtés de la Chambre ont voté ensemble dans un accord parfait. De plus, avec M. Depretis d'abord et M. Crispi ensuite, la distinction est devenue de moins en moins sensible, et M. di Rudini pouvait déclarer à Vérone au mois de décembre dernier que les vieux partis historiques avaient cessé d'exister. A droite aussi bien qu'à gauche, on est monarchiste. L'extrême-gauche, qui est républicaine, compte pour le moment d'adorateurs zélés à peine un petit nombre, et a déjà déclaré qu'elle ne ferait aucune opposition au nouveau ministère.

Comme M. Crispi, le nouveau président du conseil est Sicilien. Il a de commun avec lui l'énergie et la ferme volonté d'arriver, mais il diffère essentiellement de son prédécesseur par les manières, qui sont celles d'un parfait gentilhomme. Autant le premier est cassant, autoritaire, autant le second est aimable, complaisant, distingué. Il est à peine âgé de cinquante-deux ans. De taille élevée, fort, robuste, avec une superbe barbe blonde qu'il promène avec complaisance, il a la démarche franche, décidée, un peu martiale, d'un colonel qui a pris sa retraite avant l'âge.

Il n'avait pas vingt-sept ans quand ses concitoyens de Palerme le choisirent pour leur maire. Dans l'exercice de ces fonctions il eut l'occasion de déployer un courage et une énergie dont les Palermitains ont conservé le souvenir. C'était en 1860, une insurrection éclata à Palerme. Les Siciliens mécontents de l'obligation du service militaire et peu disposés à être gouvernés par des Piémontais, encouragés aussi par les partisans du gouvernement déchu, se soulevèrent pour reconquérir leur liberté. Des bandes d'insurgés se formèrent aux portes de Palerme, firent irruption dans la ville au cri de: Vive la République, mirent au pillage les maisons, le feu à quelques édifices, et massacrèrent ceux qui tentaient d'opposer de la résistance. Les quelques gardes nationaux qui répondirent à l'appel du préfet et du syndic, M. di Rudini, s'enfermèrent à l'Hôtel-de-Ville attendant les insurgés pendant que la troupe était répandue dans l'île pour lutter contre le brigandage. Le marquis di Rudini, attaqua à l'Hôtel-de-Ville, opposa une résistance des plus énergiques, s'exposant là où le danger était le plus considérable. Cette attitude sauva la situation.