EN RUSSIE.--La bénédiction de la terre.
EN RUSSIE.--La bénédiction des troupeaux.
LA VIE A ROME
LE MONDE
L'élégance est une denrée cosmopolite, et comme telle d'une affligeante uniformité. C'est dire que la société romaine ressemble à celle de toutes les autres capitales. Elle s'en distingue toutefois, non dans ses mœurs, mais dans son essence, en ce que d'abord elle est purement locale, et point métissée par la présence des nombreux éléments hétérogènes qui font de celle de Paris un caravansérail. Puis elle est tout d'une pièce ou à peu près, au lieu de se subdiviser à l'infini en mondes juxtaposés plutôt que superposés, qui se frôlent et se surmarchent sans se fondre, comme il en est aussi chez nous. Ces deux particularités tiennent au caractère provincial de Rome, semblable en cela à Lyon ou à Bordeaux. Mais autre chose encore différencie le gratin de la Ville Éternelle--que Chateaubriand me pardonne cet irrévérencieux rapprochement de mots!--de celui de Paris et de Londres: c'est que la tête en est tenue par un véritable patriciat, aussi riche de noblesse que d'argent, et qui, sans posséder les privilèges constitutionnels de la pairie britannique, est infiniment plus féodal de nature et de tradition.
Les princes romains sont de gros personnages et de nobles seigneurs. L'arbre généalogique des Massimi remonte jusqu'à Fabius Maximus, en souvenir de qui ils portent la devise: cunctando restituit, et saint Philippe de Néri a fait aux descendants du vainqueur d'Annibal l'honneur d'opérer un miracle sur un enfant de la famille. Plus flatteuse encore l'illustration des Corsini, qui comptent au nombre des leurs un saint évêque et martyr. Avoir eu un pape de son nom est usuel dans cette aristocratie: Martin V Colonna, Paul V Borghèse, Grégoire XV Ludovisi, Urbain VIII Barberini, Innocent X et XI Pamfili et Odescalchi, Clément IX Rospigliosi, Clément XI et XII, Altieri, Albani et Corsini, Benoît XIII Orsini. Les cardinaux et les nonces, légats et ablégats, ne se comptent pas. Leurs chapelles funéraires, maintenant fermées à leurs cendres, moins au nom des principes de l'hygiène sans doute que de ceux de la démocratie, témoignent de l'orgueil de leur rang autant que de la magnificence de leur fortune. Il faut être bien grand seigneur pour encombrer des basiliques majeures et patriarcales de sépultures ornées de ce luxe d'ors, de marbres précieux, de lapis lazuli, d'agate et de malachite. Je ne parle même pas--car ceux-ci ne sont que des parvenus de la finance--de celle des Torlonia, la plus fastueuse de toutes, avec son revêtement de pavonazetto violet et de brocatelle ambrée d'Espagne, et qui dans Saint-Jean de Latran éclipse le simple tombeau de bronze du grand pape Martin V.
Rien que les biens mobiliers des princes romains représentent un capital improductif dont eux-mêmes ne connaissent pas exactement la valeur. L'un d'eux avait loué à une ambassade une partie de son palais. On objecta à la nudité de quelques-unes de ces immenses galeries et de ces salles inchauffables, si peu faites pour la mesquine et frileuse vie moderne. --«Rien de plus simple, répondit-il, je crois bien qu'il doit y avoir des tapisseries dans quelque grenier.» On les chercha, et il se trouva que c'étaient de vieux Gobelins de prix et des arazzi florentins de toute beauté.
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