Ces contrastes sont le propre des demeures devenues trop vastes pour l'étroitesse de la vie moderne. Il en est de même chez les rois. Le palais Vendramin à Venise, habité par le duc della Grazia, fils de la duchesse de Berry et du comte Lucchesi-Palli, ne contient pas moins de cent trente pièces. Qui saurait commander l'armée de domestiques nécessaires à tout cet entretien? Aussi la poussière est-elle partout. La nonchalance nationale contribue à accentuer encore ces petites misères, revers de la magnificence. Aussi bien la large et solide opulence de ces logis princiers n'y perd rien, car ce n'est pas un trompe-l'œil comme le luxe en toc de nos modernes intérieurs, avec leur confort bourgeois et le clinquant de leurs japoneries du Bon Marché et de leurs tentures d'Orient de pacotille.

On en peut dire autant de cette prétendue gaieté extérieure dont Paris se glorifie, et qui manque tant au Parisien parisiennant en déplacement dans la plupart des autres capitales, surtout à Rome. Ici, comme partout, la vie vraiment élégante ne contribue guère à l'animation de la rue, et il y manque le luxe tapageur des rastaquouères et du demi-monde, qui font le plus bel ornement de nos boulevards et de l'allée des Acacias. Mais est-on bien sûr que l'étranger de goûts délicats s'amuse tellement à Paris, quand il y est isolé au milieu de la foule bruyante? A Rome comme à Paris et comme ailleurs les gens épris de dissipation trouvent sans peine de quoi se divertir, occupation qui a du bon à ses heures. Quant à ceux qui veulent s'y retirer quelque temps des agitations mondaines et du commerce de leurs semblables, ils ont pour leur tenir compagnie autre chose que les encombrements de voitures et le clinquant des étalages, les cornets des tramways et les bousculades des gens affairés, les attrapages des cochers et les glapissements des camelots. Sont-ce donc là des agréments si vifs et si indispensables, que j'entends des gens d'esprit déclarer la vie à Rome ennuyeuse parce qu'elle en est sevrée?

Marie-Anne de Bovet.

La Semaine parlementaire.--La Chambre a eu à discuter une proposition de M. Léon Say, à laquelle on attachait une certaine importance, car elle devait avoir pour effet de modifier de la façon la plus complète la procédure suivie jusqu'ici pour l'examen de la loi des finances. Cette proposition tendait à provoquer une grande discussion, en séance publique, sur le budget déposé par le gouvernement, discussion qui aurait précédé le renvoi dans les bureaux. Actuellement, c'est au sein de la commission qu'a lieu ce premier examen, et c'est à elle que les ministres, chacun pour son département, s'adressent d'abord pour faire connaître les vues du cabinet tout entier sur les réformes à apporter à notre situation financière.

M. de Freycinet, parlant au nom du gouvernement, a fait observer qu'on ne pouvait instituer une discussion générale du budget sans entrer dans la discussion des chapitres, et le ministre des finances a ajouté, de son côté, que, si l'on adoptait la proposition, on en arriverait à avoir en réalité trois discussions sur le même sujet, ce qui retarderait encore le vote de la loi des finances, qu'on a déjà tant de peine à obtenir en temps utile. Cette perspective a visiblement effrayé la Chambre qui a préféré le statu quo et, par 301 voix contre 203, elle a donné raison au président du conseil et au ministre des finances.

--Une somme de 500,000 francs, destinée aux fouilles de Delphes, a été votée par la Chambre, mais non sans hésitation. On sait qu'en vertu de la législation en vigueur en Grèce, les richesses découvertes par ceux qui pratiquent des fouilles ne peuvent sortir du territoire hellénique. Les nations qui s'imposent des sacrifices pour les mettre à jour n'en retirent donc qu'un avantage tout honorifique; mais la Chambre a été d'avis que cet avantage devait être considéré comme suffisant pour une nation comme la France qui s'est toujours fait une gloire de marcher de pair avec les autres puissances, sinon à leur tête, toutes les fois qu'une question d'art ou de science était en jeu. Aussi le crédit a-t-il été voté.

--Si la loi sur la compétence des juges de paix n'a pas d'effet utile dans l'avenir, ce ne sera pas faute d'avoir été examinée à fond. Elle a donné lieu à des débats interminables et au cours desquels les opinions les plus contradictoires ont été formulées. Les uns, en effet, pensent que les juges de paix, vivant au milieu des plaideurs, connaissant le plus souvent d'avance le différend qui les divise, sont mieux à même de réaliser ce problème de la justice expéditive qui est dans les vœux de l'opinion; il y aurait donc profit d'étendre leur compétence dans les limites du possible. D'autres, au contraire, soutiennent que le rôle des juges de paix se comprenait alors que les communications étaient difficiles, mais qu'aujourd'hui, avec les chemins de fer, rien n'est plus facile que de s'adresser aux tribunaux d'arrondissement. Ceux qui représentent cette dernière opinion croient que le maire pourrait être investi, avec de grands avantages, du rôle de conciliateur que la loi attribue aujourd'hui au juge de paix.

La Chambre s'en est tenue à un terme moyen, et elle a maintenu les juges de paix en fixant leur compétence à 300 francs sans appel, et à 1,500 francs à charge d'appel. Il convient de rappeler qu'il s'agit seulement ici d'un vote en première lecture.

--L'élection de M. Bori, à Saint-Flour, a été validée.