Ont été en outre élus, dans le quartier Montparnasse, M. Lazies, républicain radical, par 1,189 voix, et dans le quartier de la Goutte-d'Or, M. Heppenheimer, possibiliste, élu par 2,353 voix.
L'Empereur d'Allemagne; l'Exposition de Berlin.
--Certes, rien ne prête à faire sourire comme la prétention de ceux qui, la plume à la main et sans aucune donnée précise, cherchent à pénétrer le secret des chancelleries et à dévoiler la pensée intime d'un souverain qui n'est tenu de faire connaître sa volonté à personne. Il faut donc se garder de rechercher le but que poursuit l'empereur d'Allemagne, mais ce que l'on peut constater sans présomption, attendu que les faits sont là, c'est que sa politique à l'égard de la France ne ressemble en rien à celle de ses prédécesseurs. Comme nous avons déjà eu occasion de le dire, elle est faite pour déconcerter ceux qui s'attendaient à lui voir prendre une attitude hostile, conforme au tempérament exclusivement militaire qu'on lui attribuait. Loin de là, et toutes les fois que les circonstances le lui ont permis, il s'est efforcé de faire naître des incidents propres à obliger les deux peuples, qu'a irrémédiablement divisés la grande guerre, à nouer des relations courtoises sinon cordiales. Avec une habileté diplomatique incontestable, il a eu soin, chaque fois qu'il lui a plu de mettre en pratique cette politique nouvelle, de choisir une circonstance dans laquelle il était embarrassant pour nous de nous dérober.
Voici le congrès des médecins: la France a-t-elle le droit de se récuser quand il s'agit de la science? Voici le congrès socialiste: la France ne doit-elle pas faire entendre sa voix quand les intérêts démocratiques sont en jeu? Enfin une exposition des Beaux-Arts est organisée à Berlin: la France peut-elle refuser de prendre part à un tournoi dans lequel l'art seul est en question?
Ce n'est pas tout. L'impératrice Frédéric vient elle-même en France. Elle n'a pas d'ambassade, mais elle visite les ateliers de quelques-uns de nos principaux artistes et elle renouvelle, par ces démarches personnelles qui sont la plus séduisante des flatteries, l'hommage que l'empereur rendait lui-même à nos gloires artistiques en s'associant, par une lettre publique, au deuil qui frappait la France par la perte de Meissonier.
Que faut-il faire? Telle est la question qui a formé le fond de tous les débats, dans la presse et dans le public, pendant ces derniers jours, et sur laquelle il s'est trouvé qu'on pouvait avoir deux opinions différentes, sans cesser d'être patriote. Nos artistes devaient-ils se renfermer dans une abstention absolue, alors que nos médecins et nos économistes s'étaient rendus à l'appel qui leur avait été adressé? Mais, d'un autre côté, si l'empereur se complait à faire naître ces occasions de rapprochements--si faciles pour le vainqueur, si pénibles pour le vaincu--à quel moment et pour quelle cause nous déciderons-nous à refuser des relations dont l'intimité même peut devenir un danger?
Il y a là de quoi embarrasser les esprits les plus calmes et les plus avisés. Aussi faut-il suivre avec attention, et aussi avec méfiance, cette politique assez machiavélique pour amener des Français, également patriotes, à se demander où est le véritable patriotisme.
Les Républiques américaines.--Les nouvelles de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud sont généralement confuses et le plus souvent contradictoires. Il en ressort cependant cette impression qu'une crise sérieuse agite plus ou moins profondément toute cette région, dans laquelle la plupart des puissances européennes ont tant d'intérêts engagés, il n'est plus question toutefois, quant à présent, de conflit armé entre les républiques de l'Amérique centrale. La situation s'est d'ailleurs affermie dans la république de San Salvador, où le Congrès a élu, à l'unanimité, comme président, le général Carlos Ezeta qui, par intérim, exerçait déjà cette magistrature.
Au Chili, l'insurrection est loin d'être réprimée comme voulaient le faire croire les dépêches officielles. Il est vrai que si elle dispose de la plus grande partie des forces maritimes, elle n'a pas réussi à entraîner les troupes de terre, en sorte que, triomphante sur une grande étendue du littoral, elle ne peut livrer à l'intérieur une action décisive. En dernier lieu, elle s'est emparée de l'un des ports les plus importants, Valdivia, après avoir bombardé les chantiers où s'étaient réfugiés les soldats fidèles au gouvernement. Plus de 200 blessés et 35 tués du côté des insurgés et un nombre supérieur d'hommes mis hors de combat parmi les troupes du président Balmaceda, tel fut le résultat du combat qui dura de sept heures du matin à cinq heures du soir.
Ajoutons que, d'après les dépêches reçues par les maisons de commerce anglaises qui sont en relations avec le Chili, on n'a que très peu d'espoir dans une solution prochaine de la crise.