C'est cette scène si touchante que reproduit notre gravure.

Tout ce second acte est écrit avec une telle adresse qu'il évite les redites du sujet, et avec une émotion si juste, si vraie, tellement en dehors des rengaines de théâtre, que la salle en a été profondément impressionnée. Le succès de larmes a donc été des plus grands. Au troisième acte, Jean Martinel a rejoint la famille de sa femme, anxieuse de savoir le résultat de cette fugue est chez Musotte. Un conseil tenu sur la question entre le beau-père, Léon son fils, l'oncle Martinel et la vieille tante de Ronchard, qui pour, qui contre l'enfant. Jean Martinel est décidé pourtant à tenir sa promesse. Mais que décidera en tout ceci Gilberte? que fera l'épouse abandonnée, outragée par le passé? Gilberte a le cœur haut, elle pardonne: l'âme de la jeune femme va plus loin encore que le pardon; Gilberte se substitue à celle qui vient de mourir, et l'enfant trouve une mère qui, en l'adoptant, rendra plus facile et plus doux le devoir de Jean Martinel.

La pièce est jouée à merveille par M. Raphaël Duflos, qui fait Jean Martinel, par MM. Noblet, Nertann et Léon Noël. Mme Sizos est bien touchante dans le rôle de Musotte, et Mlle Darlaud bien jolie dans celui de Gilberte; Mme Pasca joue le personnage de Mme de Ronchard, et Mme Desclauzas celui de Flache.

LA TRANSFUSION DU SANG DE CHÈVRE

La transfusion du sang, aussi souvent essayée qu'abandonnée sans résultats scientifiques acquis, vient d'être encore une fois expérimentée; non plus celle de l'homme à son semblable cette fois, mais bien celle autrement audacieuse de l'animal à l'homme. Le docteur Bernheim transfuse du sang de chèvre à des phtisiques.

Décrivons, d'abord, l'opération:

Une chèvre saine et adulte est couchée sur une table d'opérations à bascule, aux anneaux de laquelle elle est fortement attachée de façon à empêcher tout mouvement. Le ligotage est ainsi fait que le cou de l'animal, dont la partie inférieure a été soigneusement rasée sur le côté libre, soit légèrement tendu.

Dans cette position on aperçoit alors très nettement des battements isochones qui soulèvent les téguments: c'est l'artère carotide primitive de l'animal qui bat.

Une incision est faite à la peau à ce niveau, et, à cause de la rétraction de cette dernière, une énorme plaie rouge apparaît là ou le bistouri a passé; en écartant les tissus avec le manche de l'instrument on découvre alors la carotide. Une ligature qui y est jetée, et un peu plus bas une pince à compression, interceptent un espace dans lequel le vaisseau est ouvert et dans l'ouverture est glissée une canule.

Un tube en caoutchouc très fin de la grosseur de l'artère en part, qui à son autre extrémité aboutit à une seconde canule.