C'est fait: la chèvre est amorcée, si on peut s'exprimer ainsi.
L'animal est, d'ailleurs, absolument calme et tranquille, il n'a pas souffert, et, l'opération terminée, il retournera tranquillement à son étable.
Pendant ce temps la malade s'est assise sur un coussin placé à terre au pied de la table, elle a tendu l'un de ses bras bandé de caoutchouc au-dessus du coude afin de faire saillir les veines; la médiane céphalique, en effet, gonflée, apparaît bien.
Un petit coup de bistouri, un jet de sang noir aussitôt arrêté par l'introduction dans l'ouverture béante de la deuxième canule qui termine le tube de caoutchouc, la femme non plus n'a presque rien senti.
La bande de caoutchouc est alors rapidement enlevée, en même temps que la pince à compression, et le sang de la chèvre passe librement et directement dans le corps du malade, la carotide de l'animal jouant le rôle de pompe foulante, la veine du patient celle de pompe d'aspiration. Un aide suit sur la montre et compte les secondes, et en une minute 150 à 200 grammes de sang ont été transfusés. La malade est alors pansée comme après une saignée ordinaire.
Pourquoi, maintenant, injectera l'homme du sang de chèvre?
Là est en réalité l'originalité de ce nouvel essai. Jusqu'ici les transfusions avaient été faites de l'homme à l'homme, et l'on n'avait pas osé aller plus loin, la tentative actuelle montre qu'on peut le faire, et la chèvre a été choisie, parce qu'elle est, avec le chien, le seul animal domestique reconnu réfractaire à la tuberculose. C'est donc ce sang qu'il faut de préférence injecter à l'homme phtisique.
L'opération est en général bien supportée. Quant à ses résultats, il faut espérer qu'on en aura avant qu'elle soit abandonnée, et, en tous cas, on peut dire d'elle comme de toutes les méthodes nouvelles: il faut se dépêcher de s'en servir pendant quelle guérit.
«PASSIONNÉMENT»
Mistress Maud Vivian, dont la beauté est triomphante, est une Anglaise qui à Paris tient le haut du pavé dans les salons. Elle est veuve et très riche; son mari, sir Vivian, lui a laissé en testament vingt-cinq mille livres sterling, elle mène grand train avec ses premières ressources augmentées par les habiletés de la dame: voilà ce que le monde sait de mistress Vivian; mais ce que nous apprendrons bien vite, c'est que l'argent de Rixens, un agent de change, soutient seul le luxe de cette aventurière. Comme la baronne d'Ange du Demi-Monde, Vivian a, en outre de ce banquier qui assure les besoins de sa vie, un amour qui l'occupe plus agréablement: elle est aimée d'un jeune homme du monde, Edmond Sorbier, épris d'elle à ce point qu'il a résisté à toutes les instances qu'un ami de sa famille, M. Lafaurie, a faites auprès de lui pour lui faire épouser sa nièce, Geneviève Coraize, une charmante jeune fille, très riche, orpheline à laquelle M. Lafaurie, son tuteur, s'est dévoué. Geneviève est maintenant en âge d'être mariée et Lafaurie qui touche à peine à la cinquantaine serait bien aise, son devoir accompli auprès de Geneviève, serait bien aise de se marier, lui aussi. Il est passionnément amoureux de Vivian qu'il a rencontrée de par le monde et il s'est mis en tête de l'épouser. C'est ce qu'il explique à Edmond Sorbier, qui, à la suite d'une conversation avec M. Lafaurie, flaire quelque mensonge de la part de Vivian.