M. Prévost.
Le champion de l'escrime française, M. Paul Mérignac, donne aujourd'hui son assaut de retraite. Dans toute la force de l'âge, et en pleine vigueur, il renonce à tirer dorénavant en séance publique, pour se consacrer complètement à l'enseignement.
C'est M. Prévost qui, en cette occasion, doit être son partenaire, et lui donner la réplique; aussi tout ce qui tient un fleuret à Paris s'occupe-t-il avec passion de cet événement parisien, car c'en est un vraiment que la rencontre de deux maîtres de cette force et de cette réputation. Il est facile de prévoir ce qu'ils seront, l'un en face de l'autre. M. Mérignac, à force de savoir, de précision dans sa pointe, par l'obéissance instantanée de son fer et la rapidité de son coup droit, opposera ses fulgurantes attaques au jeu impeccable de Prévost. Ce dernier, en effet, est un tireur délicat, fin, qui a su, tout jeune encore, conquérir une place superbe parmi les maîtres de l'escrime française.
Grâce aux photographies que Nadar a faites pour l'Illustration, nous pouvons offrir d'avance au public la physionomie de quelques-uns des assauts qui auront lieu dans cette séance.
Les couples sont ainsi formés:
Mérignac fils, gaucher de valeur et qui pourrait un jour rappeler Gatechair par la finesse, tirera contre Ad. Rouleau, élève de son père, et un des meilleurs.
Le baron Louis de Caters, qui manie aussi habilement la plume que la lame, et qui est un professionnel plutôt qu'un amateur, donnera la réplique à Rouvière, maître d'armes du Figaro.
Ruzé, un fier jouteur, et Raynaud, un de nos plus fins fleurets.
Chevillard, le premier élève de Mérignac, et Vavasseur, le premier élève de Prévost. Tous les deux d'une force incontestable et bien accouplés. Le premier, jeu très fin, très jolie main, doigté remarquable. L'autre tient de son maître la finesse et la correction.