Après les saluts d'usage et les souhaits de bienvenue, les chefs nous demandent la permission de procéder aux apprêts de la Baïga--c'est le nom de la course de chevaux--qui sera le principal attrait de la journée.

Tandis qu'on nous apporte des bols de koumis (lait de jument fermenté), la foule des spectateurs est écartée à coups de bâtons; ils se rangent tant bien que mal en cercle autour du comité des courses, les uns sur des charrettes, d'autres à pied ou à cheval, et l'on procède à l'appel des chevaux engagés.

Tout cheval peut concourir sans distinction d'âge ni de sexe. Tout propriétaire peut engager le nombre de chevaux qui lui plaît; il doit seulement verser quatre roubles par cheval engagé; ces mises sont destinées à constituer le prix. Comme on le voit, ce n'est qu'une simple poule. En présence des commissaires de la course, un officier de police se servant du dos d'un khirghise comme de pupitre, écrit au fur et à mesure les noms du propriétaire, ceux du jockey, le numéro d'ordre qui est assigné à celui-ci, et qu'il portera attaché sur sa blouse, enfin le caractère distinctif du cheval.

Ce dernier est petit, il a les formes élégantes, les jambes déliées, le poitrail fort des arabes; la tête est moins fine; le chanfrein est busqué au lieu d'être droit. Il connaît peu la fatigue, passe avec beaucoup d'adresse par toutes les routes. On lui met seulement un mors court que retiennent deux minces lanières, et auquel est fixé un simple bridon. On l'a dressé tout jeune à obéir, surtout à la voix.

Pour la course on lui divise la queue en deux tresses enserrées chacune, à la partie supérieure, dans une gaine de soie; un cordon, également de soie, entoure la moitié de la crinière qui est ramenée et dressée entre les oreilles en forme de toupet. L'animal n'est pas ferré: dans le steppe les Kirghises ne ferrent leurs montures que lorsqu'ils ont un très long voyage à entreprendre.

La selle est en bois et posée sur une pièce de feutre; deux pans en cuir, de forme rectangulaire, souvent brodés, sont suspendus aux côtés, descendant sur les flancs du cheval. Le panneau est petit, droit, parfois recouvert d'une plaque ciselée; l'étrivière est courte; le cavalier a les jambes hautes, et semble agenouillé sur sa selle, ce qui ne l'empêche pas d'y être très solide.

On peut dire en effet que ces nomades vivent de cheval, à cheval et pour le cheval. Une fois en selle, ils en descendent rarement; parfois ils ne quittent pas leur monture pour dormir; on s'explique ainsi qu'ils y restent des journées entières sans paraître s'en apercevoir.

Aussi ne nous étonnons-nous pas devoir prendre pour jockeys dans la course de jeunes garçons de huit à quatorze ans. Ils portent une blouse blanche et ont un mouchoir rouge attaché sur la tête. La cravache qu'ils tiennent à la main est une simple lanière de cuir fixée à l'extrémité d'un bâton.

L'inscription des chevaux engagés.